Frontex, un outil au service de la technocratie xénophobe

Publié le par Ian

 

FRONTEX C'EST QUOI ?

FRONTEX  est née d'une proposition de la commission Prodi adoptée le 26 octobre 2004 par le règlement (EC) 2007/2004 (26.10.2004, JO L 349/25.11.2004). Agence européenne pour le contrôle des frontières extérieures, elle a pour objet de coordonner les opérations de contrôle aux frontières entre les pays membres de l'UE. Créée le 1er mai 2005, elle devient opérationnelle le 3 octobre 2005.

 

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Son siège est fixé le 26 avril 2005 à Varsovie, aux étages 22 et 23 du Rondo ONZ, un gratte-ciel de 40 étages (192 m) appartenant au fond d'investissement MGPA Europe Fund et construit sur les plans du cabinet d'architectes Skidmore, Owings & Merill (le même qui a conçu les plans du Arj Dubai).

 

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planplan d'architecte d'un étage de la tour Rondo ONZ


Le 25 mai 2005 est placé à sa tête Ilkka Leitinen, nommé colonel en 2004, puis général de Brigade en 2006. Il est toujours actuellement le directeur exécutif de Frontex.

 

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LES MANDATS DE FRONTEX

Les mandats de Frontex étaient initialement étendus, bien que ses capacités opérationnelles sont restées longtemps limitées. Il s'agissait alors de :

1. Coordonner la coopération opérationnelle entre les Etats membres pour la surveillance des frontières extérieures.

2. Procéder à des analyses de risques.

3. Coordonner les opérations de retour conjointes entre les Etats membres.

4. Suivre les recherches et le développement en matière de surveillance des frontières extérieures.

5. Apporter une assistance technique et opérationnelle aux Etats membres en cas de situation d'urgence.

6. Déployer des équipes d'experts (unités RABIT) dans les Etats membres confrontés à une situation d'urgence.

7. Assister les Etats membres dans l'entraînement des gardes frontières nationaux.

8. Effectuer des retours auprès de la Commission et fournir une expertise aux Etats membres.

 

Pour ces tâches, Frontex est pourvue d'un budget annuel de près de 88 millions d'euros. De 226 employés en 2009, l'agence est passée à 281 employés cette année.

 

Tâches

 

LA FORMATION DES GARDES FRONTIERES

Pour former les équipes de gardes frontières nationaux, Frontex a établi un partenariat avec le Collège européen de police (CEPOL) et ses 35 écoles. Il participe à la mise en place d'un tronc commun de formation (Common Core Curiculum) dans toutes les langues européennes et anime des séminaires intensifs (Mid Level Curse) de quatre semaines pour des groupes constitués de quinze personnes (un officier de chaque Etat), dispensés par des centre de formation partenaires comme l'école des gardes frontières de Vilnius (Lituanie), l'académie de police de Bratislava (Slovaquie), l'académie de la Bundespolizei de Lübeck (Allemagne) ou l'académie ILEA de Budapest (Hongrie).

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Ces formations regroupent des cours théoriques et pratiques comprenant la reconnaissance de faux documents, la détection de véhicules volés et de personnes dissimulées, l'usage des technologies de surveillance et de contrôle, les comportements à adopter en situation d'expulsion (retours conjoints), la formation de maîtres-chiens et d'équipes spécialisées (RABIT), etc.

 

LES UNITES RABIT

RAPID

Les équipes RABIT sont des unités d'intervention rapide aux frontières créées par le règlement européen (EC) 863/2007 du 11 juillet 2007, dans l'esprit de ce qui avait été proposé par le programme de la Haye pour agir collectivement contre l'afflux massif de migrants. Ces équipes sont constituées d'experts en mesure de fournir une assistance technique et opérationnelle rapide et à court terme aux gardes frontières d'un Etat membre confronté à une pression migratoire subite. Mis au service de l'Etat hôte, ses officiers sont rémunérés par leur pays d'origine. Durant les opérations, ils sont censés porter au bras un brassard bleu ciel Frontex. A ce jour, les RABIT n'ont été déployées qu'à titre expérimental, à l'entraînement.

 

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LES OPERATIONS DE SURVEILLANCE CONJOINTES

003La principale tâche de Frontex est la coordination des opérations conjointes de surveillance. L'agence planifie donc des opérations localisées géographiquement à des points d'entrées situés sur les routes  terrestres, aériennes ou maritimes suivies par les migrants. Mises en place avec la collaboration des Etats membres sur le territoire desquels elles ont lieu, elles mettent à disposition de ceux-ci l'arsenal technique et les moyens opérationnels nécessaires. Chaque Etat membre est invité à contribuer en mettant à disposition son matériel et ses hommes auprès des gardes frontières nationaux. Des policiers de divers pays sont ainsi amenés à travailler ensemble sur la période fixée pour l'opération à laquelle ils participent.

 

carte4Operations conjointes avant 2010

 

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Pour 2009, Frontex affiche ainsi le bilan suivant :

- 165 700 personnes interpellées lors du franchissement illégal de la frontière et qui se sont vus refuser l'accès à l'espace Schengen.

- 251 700 personnes interpellées pour séjour irrégulier dans l'espace Schengen.

- 163 000 demandes d'asile recensées.

- 9 500 faux documents détectés.

- 6 600 "aidants" interpellés.

 

LA COOPERATION AVEC LES PAYS TIERS

Un certain nombre de pays tiers collaborent aux opérations Frontex en effectuant un contrôle externalisé des frontières européennes. Certains n'hésitent pas à reprendre les migrants refusés, en violation des principes de non refoulement, et à établir sur leurs territoires des prisons spécifiques pour les migrants interpellés.

Si certains pays  se contentaient de s'accorder de façon bilatérale avec des Etats membres européens pour la surveillance de leurs frontières communes (entre la Libye et l'Italie ou la Turquie et la Grèce), il est prévu que de prochains accords scellent une véritable collaboration entre ceux-ci et Frontex. Il est ainsi prévu que Frontex  fasse prochainement bénéficier de ses compétences à des pays tiers et puisse déployer sur leurs territoires des officiers de liaison européens.

En attendant, un certain nombre d'accords existent déjà, notamment avec les Etats-Unis ou la Russie :

 

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Depuis que l'Europe rêve d'externaliser le contrôle de ses frontières et d'en refourguer la responsabilité aux pays voisins, les abus n'ont eu de cesse de se multiplier. Que ce soit les violations du principe de non refoulement, des conditions de détention ignobles, la torture ou l'assassinat pur et simple, les exemples de ce que l'Europe peut produire de souffrance s'accumulent :

HRW >> Italie/Libye : Des migrants évoquent les retours forcés et les mauvais traitements.

HRW >> Ukraine : Des migrants et des demandeurs d'asile régulièrement maltraités.

LIVRE NOIR DE CEUTA ET MELILLA >> sur les violences à l'égards des migrants subsahariens au Maghreb.

UNHCR >> Grèce/Turquie : Transferts non officiels et refoulements de migrants deviennent routine.

Fortress Europe >> de nombreux autres exemples...

 

LES OPERATIONS DE RETOUR CONJOINTES

Grâce à la collaboration de certains pays tiers, il a également été possible pour Frontex d'organiser l'expulsion de centaines de migrants chaque année. Ces retours, dotés d'un budget annuel de 5,25 millions d'euros en 2009 et de 9,34 millions d'euros pour 2010, ont permis l'expulsion de 428 personnes en 2007 (12 vols conjoints), 801 en 2008 (15 vols) et 1622 en 2009 (32 vols), soit chaque année le double de l'année précédente. Il est d'ailleurs question pour Frontex d'améliorer ses prouesses, en ayant notamment recours à une "plate-forme" d'expulsion commune à tous les Etats membres, rôle de hub pour lequel la France pourait se porter candidate.

 

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LES MOYENS MATERIELS ET TECHNIQUES

Au sein de l'agence, le service Centralized Records of Available Technical Equipment (CRATE) est chargé de gérer les équipements techniques mis à disposition par les Etats et de les répartir sur les différentes opérations conjointes en fonction des demandes et des besoins. Ainsi, Frontex a à sa disposition quelques 25 hélicoptères, 21 avions et 113 bateaux, sans compter plus de 475 unités d'équipement (radars, sondes, senseurs, caméras...). Fonctionnant sur le principe du prêt, il est prévu que l'agence possède à l'avenir son propre équipement pour ne plus dépendre des Etats membres.

010RECHERCHE ET DEVELOPPEMENT

Un budget de 1,4 millions d'euros est attribué à l'étude et à l'élaboration de nouvelles technologies pour rendre le contrôle et la surveillance plus effectifs. Dans ce domaine, les Etats membres redoublent d'efforts pour faire partager leurs expériences. Jusqu'alors, les polices aux frontières nationales faisaient usage de sondes de détection de CO2 et de battements cardiaques, de caméras thermiques et infrarouges, ainsi que de radars nouvelle génération pour la détection d'embarcations engagées sur la Méditerrannée, tel que le Système Intégré de Vigilence Extérieure (S.I.V.E.). Ce radar utilisé par la police espagnole dans le détroit de Gibraltar, permet de repérer à plusieurs dizaines de kilomètres de distance toute masse en mouvement sur la surface de la mer.

 

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013LE SYSTEME ABC (AUTOMATED BORDER CROSSING) : BORNES BIOMETRIQUES

Mais Frontex ne s'arrête pas là et subventionne un vaste projet d'utilisation de la biométrie pour les contrôles frontaliers, par la mise en place de portiques ABC (pour Automated Border Crossing). Ces portiques, qui doivent être à terme installés dans tous les aéroports européens, mais aussi à toutes les entrées terrestres sur le territoire Schengen, permettront de lire les nouveaux passeports biométriques devant être généralisés d'ici 2015. Le passage de la frontière s'effectuera différement selon qu'on soit "citoyen européen", "citoyen non européen avec visa", "citoyen non européen sans visa", "Registered Traveller", "bona fide traveller", "well known traveller", etc. Selon les cas, il faudra présenter à la borne la puce de son passeport, ses empreintes digitales et à terme, pourquoi pas puisque c'est à l'étude, l'empreinte de l'iris de son oeil. En tout cas tout le monde devra passer devant les caméras de la "vision box" pour permettre à la borne de procéder à une identification faciale.

Le système est déjà à l'étude dans quelques aéroports et points frontaliers européens, comme à Lisbonne, Madrid, Frankfurt (avec brochures à l'usage des voyageurs), Manchester, Helsinki, Vantaa (frontière terrestre finlandais avec la Russie), Vienne et Prague, et s'inspire du système SmartGate australien développé par Sagem.

 

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Acteurs biométrieLes principaux partenaires de Frontex pour le développement de la biométrie.

 

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Les étapes du contrôle selon la situation du voyageur

 

LE SYSTEME C4I : SATELLITES ET DRONES

A plus long terme, mais pas si long que ça au vu de la rapide évolution des choses, Frontex prévoit le déploiement d'un système de surveillance de type militaire, faisant usage de moyens de détection et de communication aériens, avec l'apport notamment de satellites et de drônes de moyenne et haute altitude. L'architecture ainsi constituée aurait pour finalité de contrôler absolument tous les mouvements de part et d'autre de la mer méditerranée. 

 

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015L'AVENIR DE L'AGENCE ET DE LA GESTION DES FLUX MIGRATOIRES

La dimension orwellienne que prend la gestion de l'immigration par Frontex devient encore plus inquiétante au regard des pouvoirs toujours plus étendus qu'elle se voit octroyer par les instances européennes. Les récentes propositions de la libérale Cecilia Malmström, actuelle commissaire aux affaires intérieures de l'Europe, et de l'hideux Besson de donner plus d'autonomie et de capacité d'action à Frontex vont permettre à l'agence d'avoir bien plus de puissance qu'on ne veut l'imaginer. 

Il était déjà étonnant de voir, mais peu sont ceux qui s'en sont ému, de voir que Frontex permettait le déploiement de troupes hors de leurs frontières nationales sous le commandement d'un pays tiers. Ainsi, et les nouvelles solutions techniques mobiles ne vont pas arranger les choses, nous serons bientôt confrontés à des unités de police volantes, déterritorialisées, pourvues de pouvoirs spécifiques mais placés sous la responsabilité d'autorités difficilement identifiables. Et c'est sans compter le projet de mettre sur pied une véritable police européenne aux frontières, les European Border Guard Corps (EBGC), mentionné dans le programme de la Haye et qu'on retrouve à plusieurs reprises dans diverses communications de la commission européenne.

Dés à présent, les proposition de Malmström et Besson laissent entrevoir un certain nombre de projets pour l'extension des mandats de Frontex.

A COURT TERME :

1. Exploiter pleinement le potentiel de CRATE pour toutes les activités de l'agence.

2. Création de branches spécialisées implantées localement et effectives durant les opérations.

3. Fusionner les opérations conjointes semi-permanentes et le réseau de patrouilles européen.

4. Joindre les analyses de risque avec Europol, les organisations internationales et les pays tiers, encourageant des analyses orientée géographiquement et selon thématiques.

5. Charger Frontex d'assurer la gestion d'ICONET : traitement des données à caractère personnel liées à la lutte contre les réseaux criminels qui organisent l'immigration illégale.

6. Charger Frontex de centraliser l'échange de l'information opérationnelle en relation avec

l'immigration illégale (CIREFI).

7. Assurer la disponibilité de l'équipement en permettant à Frontex d'acquérir son propre équipement.

8. Renforcer le rôle de Frontex concernant les opérations de retour.

9. Intégrer à la formation des gardes frontières l'application des règles internationales concernant l'asile, les droits de la mer et les droits fondamentaux.

10. Effectuer des projets conjoints visant à tester les nouvelles technologies en situation réelle, évaluer leur efficacité et impacts sur des procédures à des points frontaliers.


A MOYEN TERME :


1. Associer Frontex à  l'évaluation du système Schengen en mettant à profit son expertise.

2. Renforcer la coopération avec les pays tiers qui ont été identifiés comme des zones problématiques par le biais des opérations conjointes coordonnées par Frontex.

3. Evaluer une extension possible du mandat de Frontex lui permettant d'effectuer des projets pilotes avec des pays tiers comme bénéficiaires.

4. Mettre en place une surveillance par satellite (cf.EUSC) des côtes des pays tiers partenaires (pre-frontier area) : Projet BorTec et GMES.

5. Initier une réflexion sur la stratégie au long-terme, incluant les question relatives à une police aux frontières européenne, European Border Guard Corps (EBGC).

6. Permettre à Frontex d'endosser le rôle de hub pour l'échange d'information dans un futur système européen de surveillance des frontières et de se charger du développement d'une carte de renseignement pré-frontalière.

7. Associer Frontex avec les autorités douanières et de sécurité intérieure pour la constitution d'une architecture commune : Integrated Border Management System (IBM).

 

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Frontex, jusqu'alors boîte à outils au service de la grande opération de tri des immigrants, devient plus dangereuse qu'elle n'en avait l'air jusqu'à maintenant dés l'instant où elle concentre entre ses mains toujours plus de pouvoirs en matière de contrôle, de surveillance et de gestion des mouvements de personnes. Son gain d'autonomie laisse entrevoir ce que seront les organes européens à long terme, à savoir des hydres tentaculaires, ayant regard sur tout sans n'être jamais regardées, car indiscernables, lointaines et décentralisées.

Frontex n'est donc plus seulement une boîte à outils, une sorte de rouage de la technocratie, mais quelque chose de bien plus insidieux et féroce, car elle pourrait bien être en mesure, dans quelques années, de tout contrôler simultanément. On peut aisément imaginer qu'un jour, si ses capacités opérationnelles ont atteint les objectifs que se fixent ses artisans, Frontex puisse d'un bouton d'un seul commander l'ouverture ou la fermeture du pont-levis qui assurera le lien entre la citadelle Europe et le reste du monde.

Avec ses bornes biométriques à chaque entrée, son fichier centralisé avec nos empreintes digitales, nos tronches, nos iris et pourquoi pas notre ADN, ses gardes frontières européens munis de bornes biométriques mobiles, ses satellites, ses drônes, ses senseurs et ses radars, Frontex peut se transformer rapidement en un rêve de Caligula.

Frontex ne mérite pas autre chose que d'être détruite, à l'image des centaines de centres de rétention et de camps de concentration qui n'en portent pas le nom mais prolifèrent comme des champignons sur un vieil arbre pourri. Le "vieux continent" voit ressurgir de son sein la moisissure fasciste qu'il tentait de cacher, sous la forme de milliers de technocrates xénophobes, de petits Eichman en puissance...

 

FEU AUX PRISONS !

SABOTONS LA MACHINE !

MORT AU VIEUX MONDE ET A SES AVATARS NEO-CONS !

 

Plus d'infos :

- Frontexwatch

- Statewatch

- Migreurop

- Out of Control

- Migrant at sea

- Borderline Europe

- Bordermonitoring ukraine

- Global Detention

 


 

 

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