On n'y était pas

Publié le par Ian

GrèceAlexandros Grigoropoulos s'est fait descendre le 6 décembre 2008 au coin d'une ruelle d'Exarchia (quartier d'Athènes) pour avoir insulté des flics. S'en sont suivis deux bons mois d'émeutes qui ont sucité dans toute l'Europe des réactions d'enthousiasme et des élans de solidarité. On ne va pas mentir : tous les anars d'Europe ont rêvé un moment que la mèche s'allumerait ailleurs et que nos voeux insurrectionnistes seraient réalisés. Ca n'a pas eu lieu.

Le 10 octobre 2009, à l'appel du collectif poitevin contre la nouvelle prison de Vivonne, une manif festive s'est déroulée dans les rues de Poitiers, emportant avec elle la plupart des vitrines de la principale rue commerçante du centre-ville. On était beaucoup à se dire que c'était là une bien belle manif radicale et on espérait que les collectifs anars duGrèce (1) reste du pays se réjouiraient de cette initiative et feraient preuve d'une solidarité légitime envers ses auteurs. Mais ça n'a pas eu lieu.

La veille, un tribunal italien venait de condamner 10 participant.e.s au G8 de Gênes à 6 à 15 ans de prison ferme pour « destruction et saccage ». L'absolue totalité des activistes radicaux européen.ne.s ont été profondément choqué.e.s et blessé.e.s par ce verdict qui aurait amené n'importe lequel/laquelle d'entre nous en prison pour plus de 6 ans. Nous avons tous ressenti à ce moment tant de colère, voire de haine, que nous aurions pu rejouer les émeutes grecques pour infliger une sévère punition à ceux qui ont prononcé cette sentence. Mais ça n'a pas eu lieu.

De nombreux conflits traversent nos réseaux. Alors que la répression s'exerce de façon toujours plus forte et plus violente, nombreux/ses sont celles et ceux qui ne veulent plus prendre de risques, prennent le cheminGrèce (2) de la clandestinité ou tout au moins de l'anonymat. Cette 'quête du masque' se traduit par toujours plus de paranoïa et de méfiance : on veut connaître absolument ceux avec qui on se réunit et on ne veut plus se rendre sur les contre-sommets ou les manifs. Les actions clandestines ne se multiplient pas pour autant, puisque la méfiance atomise les réseaux.

Qu'on choisisse la prudence au lieu de se lancer dans des actions suicidaires est une bonne chose, mais on a aussi besoin de se trouver rassemblé.e.s pour soutenir nos potes inculpé.e.s. Que ce soit pour les copains et copines de Gênes ou
celles et ceux du procès de Vincennes, on s'aperçoit à quel point la peur de se montrer, le manque d'empathie ou de solidarité clairsèment les rangs. Le 23 janvier 2010, seuls 100 à 150 personnes étaient venues pour la balade parisienne en solidarité avec les inculpé.e.s de Vincennes, manif rapidement encerclée et submergée. Bilan : 11 personnes arrêtées dont une en comparution immédiate pour jet de bouteille d'eau. On aurait été davantage, ça n'aurait peut-être pas eu lieu.Grèce (4)

Localement, de nombreux conflits se cristalisent entre différentes tendances, qui sont autant de positionnement théoriques. Situationnistes (1), tiqqunien.ne.s (2), squatters, syndicalistes, antifascistes (3), insurrectionnistes (4) ou appelistes, on a parfois l'impression d'être dans un de ces débats interminables dont seul Attac avait le secret et où chacun campe sur des positions abstraites au lieu de se concentrer sur ce qu'il y a de bases communes. Avons nous réellement le luxe de nous écharper sur des concepts, alors que nous avons suffisament de bases communes pour agir collectivement.

Athènes (5) ou Poitiers, on n'y était pas. Il serait honnête de notre part, en conséquence, de ne pas idéaliser les événements, ni cracher dans la soupe en condamnant par des communiqués hostiles les personnes qui y étaient. On aimerait croire qu'on y était, mais ce n'est pas le cas. Il serait bon de réfléchir aux moyens de se coordonner pour y être la prochaine fois, ou pour organiser des choses au même moment sur la même problématique là où on se trouve. Et surtout, ne pas laisser seuls les copains et copines inculpé.e.s face à la justice, quoi qu'on pense de leur mode d'action.


Noiraud


1. http://i-situationniste.blogspot.com/
    http://www.nothingness.org/SI/

2. http://www.bloom0101.org/tiqqun.html

3. http://www.non-fides.fr/IMG/pdf/antifascismefinale.pdf

4. http://anarchism.pageabode.com/print/737

5. http://infokiosques.net/IMG/pdf/grece_la_revolte_de_decembre_2008.pdf




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soliranparis 13/12/2010 04:29


A propos des voltigeurs anti émeutes a moto remember Malik oussekine réapparu en gréce en et en iran l'été 2009 une technique de répression 100 pour 100 française qui semble s'être exporté

un article que nous avion écris en juin 2009

la france a t’elle aidée la police anti emeute iranienne a s’équiper


http://soliranparis.wordpress.com/2010/09/24/la-france-a-telle-aide-la-police-anti-emeute-iranienne-a-sequiper/