COPWATCH : pourquoi faut-il se prémunir des policiers ?

Publié le par Rimbaud

FLICMORT

(argumentaire légèrement didactique)

 

 

Par définition, le policier protège l'ordre établi, incarne une discipline. Il est là pour servir de modèle au citoyen, c'est-à-dire celui qui se reconnaît dans la société où il vit. Il est celui qui fait appliquer les règles et lois que cette société s'est choisie et que le citoyen admet comme étant les siennes. En réalité, le policier n'est qu'un miroir du citoyen, car il pense et agît pour préserver la cité (civitas en latin, polis en grec) dont il est le ciment. Le policier est un citoyen déguisé, affublé d'un uniforme. Outre l'habillement, il se distingue du citoyen en ce qu'il est investi d'une autorité pour rappeler à l'ordre toute personne qui commet des « incivilités », manque à son devoir de « civisme » et qui cesse donc de se comporter en citoyen. Les citoyens, par le biais de leurs représentation politique, ont délégué à certains d'entre eux le pouvoir de police, afin que ceux-ci puissent punir ceux d'entre eux qui ne respectent pas la Loi.

 

Le citoyen peut émettre des doutes envers la Loi et les règles de la cité. En « démocratie », il est autorisé à se plaindre et à protester, à condition qu'il ne remette pas en cause les organes du Pouvoir politique, ces mêmes organes qu'il est censé avoir choisi pour le représenter et décider pour lui. Son seul véritable pouvoir est de protester, voire d'élever le ton, dans une certaine mesure, tant que ses représentants (ceux à qui il a délégué son pouvoir de décision) le tolèrent. Il peut espérer une réforme, tant que ses représentants la jugent nécessaire. Mais ce système ne fonctionne que si le citoyen à confiance en ses représentants et si ces mêmes représentants sont sincères envers le citoyen.

 

Une donnée majeure entre en jeu à ce moment là : l'envie de pouvoir. Littéralement, le citoyen lambda est un impotent (en latin impotens : incapable, impuissant) : il n'a pas le pouvoir. N'est représentant que celui qui aime prendre des décisions et veut avoir le pouvoir de le faire. L'ambition personnelle et l'individualisme sont les traits caractéristiques des personnes de pouvoir. Ces personnes devront, pour convaincre, se mettre en avant, vanter leurs mérites, faire des discours prometteurs, séduire, entrer en lutte contre leurs concurrents, user de tous les moyens nécessaires à leur distinction, quitte à mentir et déployer des moyens matériels plus importants que leurs concurrents. Par ce processus, elles cessent d'être citoyens pour se placer dans une catégorie supérieure, celle des politiciens. Or on ne représente honnêtement que ceux à qui l'on ressemble.

 

La politique est donc une histoire de paraître : il faut faire illusion. N'est citoyen que celui qui croit en cette illusion et s'y retrouve. Le problème arrive lorsqu'une personne cesse de se reconnaître dans la société à laquelle elle appartient et remet en question ses modes de fonctionnement, choisissant de s'extraire de l'illusion produite. Ca ne fait rire ni les politiciens qui créent l'illusion, ni les citoyens qui continuent d'y croire. Les premiers tirent de l'illusion des bienfaits matériels, tandis que les seconds en tirent un bienfait moral (en effet, qu'advient-il moralement de la personne qui cesse d'avoir confiance dans le monde, si elle n'a pas la force de se battre pour le changer ?) Et les uns comme les autres accepteront bien volontiers de punir les contrevenants...

 

C'est au policier de jouer ce rôle. Il est ce citoyen qui accepte d'endosser le mauvais rôle du redresseur de tort. Il est ce citoyen faible d'esprit qui se croit indispensable au maintien de la démocratie, tant il est persuadé que la cité sera plongée dans le chaos si l'on ne punit pas ceux qui cessent d'être citoyens. Il est bien souvent le plus fervent partisan du pouvoir, parce qu'il croit fermement en ses représentants et fait aveuglément confiance aux lois et réglements qu'ils édictent. A sa manière, il veut être investi du pouvoir. Mais comme il n'a pas la force intellectuelle des politiciens, il se contente de sa force physique : à défaut de pouvoir dominer par la raison, il domine par sa violence (en latin vis : la force).

 

Le policier ne se préoccupe pas de la légitimité du pouvoir, car il ne se préoccupe pas de politique. Le policier est un être apolitique et servile : il sert ce qu'il croit être bon. Il sert l'ordre public. Son rôle est seulement de surveiller et de punir ceux qui font « désordre ». Le policier « n'a rien à vous dire », car il n'est pas libre de penser. S'il pense, il risque de se poser des questions douloureuses sur sa fonction sociale, sur son rôle de commissaire (en latin committere : envoyer en mission) : il est l'exécuteur des basses oeuvres de la cité. Il a la tâche ingrate d'obéir aux injonctions du Pouvoir et de faire appliquer ses règlements, quelle que soit d'ailleurs la forme politique que prend le Pouvoir.

 

La dérive naturelle du Pouvoir, donc de l'Etat et de ses représentants, est de devenir totalitaire. Pour se maintenir, il doit pouvoir tout surveiller, tout contrôler, prévenir toute dérive et la punir. Son arsenal législatif doit servir à tout organiser dans la cité, mais aussi à réprimer tout ce qui fait « désordre », tout ce qui s'oppose à l'ordre établi. Plus le désordre sera grand, plus les moyens déployés pour le maîtriser seront puissants : la stabilité du Pouvoir repose donc nécessairement sur l'usage de la violence (synonyme de force). Violence intellectuelle (mensonges, intoxications, langue de bois...) déployée par les politiciens envers les citoyens, violence physique déployée par les policiers envers les « non citoyens ».

 

Le terme « force de l'ordre » prend tout son sens : les policiers sont une « violence de l'ordinaire » (du latin ordinarius : rangé par ordre), organisée par le Pouvoir pour réprimer ceux qui ne le respectent plus. Il n'est donc pas étonnant que la police se comporte comme une armée civile, rémunérée pour combattre l'ennemi intérieur qu'est le dissident politique (en latin dissidere : être en opposition). La police doit donc être considérée comme une milice (en latin miles : soldat), nom qu'elle portait d'ailleurs en Russie jusqu'en 2010 (en russe милиция : police). Corps militaire, son rôle est de protéger le Pouvoir contre les énnemis.

 

En réalité, à partir du moment où nous existons en tant qu'opposition non citoyenne (donc révolutionnaire et non réformiste), nous entrons en guerre avec l'Etat, puisque celui-ci fera tout pour nous faire taire. Ces moyens de nous faire taire varient selon que le Pouvoir en place est plus ou moins décomplexé (en latin con- plexus : avec étreinte), plus ou moins libre de ses mouvements : la violence déployée est plus ou moins grande. Pour gagner en liberté d'action, le Pouvoir, les politiciens, doivent déployer une solide propagande justifiant leurs actes et s'appuyer sur des Lois toujours plus sévères. Les citoyens n'accepteront pas de soutenir des actes qui contreviennent à la Loi et le citoyen se tait tant qu'il a bonne conscience : la légalité suffit souvent à apaiser ses craintes. C'est pourquoi actuellement, la Loi est sans cesse réformée pour donner une assise légale à la violence du Pouvoir. La violence d'Etat, en démocratie, est toujours constitutionnelle : c'est ce qui assure sa pérénité, contrairement aux dictatures qui ont une espérance de vie limitée dans la mesure où une majorité de la population ne se reconnaît pas dans leurs actes. Pour se maintenir, l'Etat doit cultiver la citoyenneté (ou devrait-on dire, le citoyennisme) du peuple...

 

Et pour combattre l'Etat, un des moyens les plus efficaces reste de dénoncer publiquement sa violence, pour inciter les citoyens à perdre leur confiance dans le Pouvoir et leur subordination à l'ordre établi. Il faut suciter le désordre autant que faire se peut, afin d'affaiblir et déstabiliser le Pouvoir. Discréditer sa police est un moyen parmi d'autres. La violence physique à notre encontre étant l'oeuvre des policiers, il est légitime et nécessaire de démontrer la vraie nature de l'institution policière. La violence étant inhérente à la police, il nous appartient de la dire, de la montrer, c'est pourquoi la pratique du copwatch (en anglais copwatch : observer le policier) est indispensable. Elle permet à la fois d'identifier la violence et ceux qui la commettent, afin de s'en prémunir et de la dénoncer.

 

Le copwatch est utile en terme de sensibilisation du citoyen, mais aussi pour la sécurité du non citoyen. Etant donné que les policiers sont désormais habillés en « civils » pour mieux passer inaperçu et piéger les contrevenants, le copwatch va servir à distinguer le vrai du faux, à faire tomber le masque, c'est-à-dire faire apparaître le policier sous son apparence de personne (en latin persona : masque de théâtre). Jouer un personnage de citoyen lambda permet au policier d'attrapper le non citoyen par surprise, en flagrant délit d'incivilité. Cette tromperie est un procédé dangereux (mais légal) dont il faut se protéger.

 

La récente contre-offensive envers le copwatch et les plaintes à l'encontre des sites qui lui donnent une diffusion montrent à quel point le Pouvoir n'aime pas qu'on révèle ses pratiques et qu'on tente par là de troubler la conscience du citoyen. Quand bien même les pratiques iniques des policiers sont incontestables, le Pouvoir parle de diffamation et nie l'évidence des faits. Il se pose en victime et accuse les copwatchers de menteurs, en appelant au discernement des citoyens et usant des médias pour les convaincre que le copwatch est une pratique criminelle, une incivilité particulièrement nuisible.

 

 

Il appartient donc aux copwatchers d'assumer cette part de nuisance, puisque le copwatch n'est pas d'une démarche citoyenne, mais une forme de lutte. Le copwatch appartient à la lutte au même titre que les street medics, les legal teams ou les cuisines autogérées : ils constituent un apport logistique et tactique aux activistes pour mieux s'organiser.

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Mephisto 12/05/2011 17:13


super article que j'ai vu à sa publication.!
A quand le prochain, je deviens impatient..