Chroniques du non-droit policier à Paris

Publié le par Noiraud

copwatch

 

On publie ici les chroniques prises sur Indymedia Paris, parce qu'elles s'inscrivent dans notre travail de dénonciation et de lutte de l'étau policier et de la répression qui l'accompagne :

 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : l'esprit citoyen du commissaire Clouzeau

 

CHRONIQUE COPWATCH

 

Mercredi 31 août 2011

 

Un mercredi comme tous les mercredis au marché libre de Barbès. Tous les mercredi et samedi, la journée commence dés avant neuf heures, alors que les étals du « marché autorisé » sont déjà installés sous le métro aérien de la ligne 2. A la sortie de la station s'installent les biffins qui, comme à Belleville, Montreuil ou Clignancourt, viennent vendre toutes ces petites choses qui leur permettent de survivre au jour le jour : produits alimentaires, produits de toilette et de beauté, vêtements, recharges de portables et autres bricoles qui se vendent là à prix cassés. Beaucoup de tchétchènes, mais aussi des géorgiens, des yézides et des maghrébins. Le marché libre s'installe et s'anime jusqu'en milieu d'après-midi, lorsque le « marché autorisé » prend fin.

 

Mais aussitôt les vendeurs à la sauvette installés, la chasse aux pauvres commence. Un fourgon peugeot boxer blanc imatriculé 831 NWR 75 débarque, précédé de peu par une équipe de flics en tenue civile. Les biffins connaissent leurs tronches et réagissent vite, pliant leurs affaires aussi vite que possible pour prendre la tangeante. Mais l'effet de surprise ne manque jamais d'en laisser sur le carreau, qui se trouvent aussitôt alpagués par les chasseurs de pauvres du commissariat Clignancourt. Le rituel est brutal, impitoyable : les flics en civils arrivent par surprise et arrachent les sacs et caddies des mains des gens qui ont eu le malheur de s'attarder. D'autres, moins chanceux encore, se font contrôler et se prennent une méchante prune qui peut s'élever à plusieurs centaines d'euros. Le language est familier, les formulations expéditives. Ils servent du « Monsieur » parce que leur déontologie l'exige, mais l'assortissent en général d'un « dégagez » qui rabaisse. Et puis ils poussent et tirent sur les habits, foutent des coups de pieds dans les affaires, quand ils ne sont pas tout simplement renforcés par la brigade canine dont les chiens abboient sur les passants, comme samedi dernier (27 août 2011). Stratégie de terreur.

 

Contrôle d'identité d'un mec sans papiers. Je m'approche, caméra au poing. La réaction ne tarde pas. Le cador du groupe s'approche et veut virer ma caméra. Prévenir, discuter, il ne connait pas, il est bloqué en « mode agression ». Peut-être qu'il n'aime pas les touristes. Je rétorque que je suis dans mon droit. S'abriter derrière leurs lois permet au moins d'amorcer un peu leur agressivité. Je cite l'article 226-1 du Code Pénal et la saisine 2005-29 de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité. Rien à faire, ils ignorent leurs propres lois de toute façon. Mine de rien, ils sont droits dans leurs bottes. Le même cador s'empare de la caméra et tente d'en effacer les données. Manque de bol, tout le menu est dans un alphabet qu'il ne connait pas. Il tapote sur tous les boutons, comme un gamin sur sa console de jeu. Entre temps, sa collègue contrôle mon identité et me demande des informations qu'elle n'a pas à me demander : où je travaille, une autre adresse que celle indiquée sur mon papier, le nom de l'ami qui m'héberge sur Paris... Dans ce cas là, faut les renvoyer dans leur cantonnement, leur dire qu'ils ont une pièce d'identité et que c'est déjà bien assez. Elle bougonne et va crachotter dans son talkie-walkie.

 

Après quoi, un peu pantois mais fiers comme des coqs, ils tentent la méthode « intimidation », veulent me mettre à dos les passants en essayant de les intoxiquer : ils m'accusent de filmer les vendeurs et les gens qui achètent, me préviennent que je vais avoir des problèmes avec eux, puis tentent de me rabaisser par les deux remarques favorites du keuf : « Va travailler ! » et « Les petits jeunes comme toi qui font leur malin... ». Au final, ils tournent les talons après un dernier baroud d'honneur, histoire de ne pas perdre la face : « Si tu nous filme encore... ». Tout à coup, ils reviennent à leur état d'origine et oublient de s'abriter derrière leur loi. Quand les arguments font défaut, l'infantilisme idiot reprend toute sa place.

 

Mais ce n'est pas terminé car au cours d'une deuxième intervention, et alors qu'un gars refuse de se laisser arrêter et résiste, je me fais embarquer sans n'avoir même sorti le caméscope de ma sacoche, juste parce que je me tiens à côté de la scène. Je suis poussé vers l'avant du fourgon, sous prétexte « d'entrave à l'action des forces de l'ordre », encore un motif imaginaire que vous ne trouverez nulle part dans le code pénal. C'est comme « incitation à l'émeute », les keufs aiment bien vous sortir des chefs d'inculpation fallacieux pour se trouver une justification. Et, lorsque je demande à la keufe pourquoi elle m'arrête, elle me répond : « On ne vous arrête pas, vous êtes invité à venir voir le major ». Puisque je ne suis pas arrêté et que j'ai été contraint de grimper dans leur fourgon qui, de plus est n'est pas un véhicule de police, on peut donc dire que j'ai été « enlevé » (et là pour le coup, c'est un motif qui existe dans le code pénal : « enlèvement et séquestration »). Mais passons, histoire de raccourcir ce petit récit qui s'allonge.

 

On arrive à la volière de la rue Clignancourt. Je suis effectivement invité à m'entretenir avec le commissaire Clouzeau. Il doit être très occupé ce mercredi midi. Dans le couloir, il y a des boîtes à courrier. Sur l'une d'elle, c'est écrit « expulsion », juste en dessous de « B.A.C. ». Et un peu plus loin, Madame B., la keufe qui m'a arrêté, a aussi son petit casier.

 

S'ensuit une entrevue irréelle avec le commissaire au cours de laquelle je suis invité à faire preuve d'esprit citoyen et de respect envers ses pauvres agents surmenés, pour qui ce doit être extrêmement difficile de se sentir observés. Je m'entend dire aussi que ses policiers sont au service des gens du quartiers qui se plaignent de la mauvaise ambiance et que le coin est un coupe-gorge malfamé. Mais j'en retiens surtout cette magnifique métaphore de la montée de la butte Montmartre :

 

« Imaginez les touristes qui viennent à Montmartre. Ils sortent de la gare, où ils se font aborder par des roms qui leur font signer des pétitions et qui leur font les poches en même temps, puis ils arrivent au pied de montmartre où une quinzaine de sans papiers guinéens, la plupart du temps avinés en pleine journée, leur tombent dessus pour leur tresser des bracelets et en plus peuvent devenir très vite agressifs. Puis dans le funiculaire, de nouveaux des roms leur font les poches. Ils arrivent en haut, ils sont harcelés par les africains qui vendent des tours Eiffel, puis par les portraitistes, sans parler du pakos (sic) qui essaye de leur vendre son maïs. Vous imaginez, les touristes, quelle image ils ont de la France ? »

 

Je tiens à remercier le major Clouzeau de m'avoir livré une si belle alégorie de la butte Montmartre, qui nous montre surtout sa vision toute personnelle et nous permet de comprendre un peu mieux l'état d'esprit et les méthodes de ses subordonnés...

 

L'insupportable chasse aux pauvres n'est pas près de prendre fin dans les rues de Paris.

 

Post scriptum : les flics n'ont absolument aucune justification légale pour nous interdire de les filmer dans le cadre de leur fonction, ce que le commissaire Clouzeau n'a pu démentir.

 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : vol à la tire contre vente à la sauvette

 

CHRONIQUE COPWATCH

 

Samedi 10 septembre 2011

 

9h30 - Le fourgon peugeot boxer blanc imatriculé 831 NWR 75 du commissariat de la rue de Clignancourt est déjà stationné sur la rue Guy Patin, en compagnie d'un véhicule de police de la brigade canine immatriculée AH-950-WB. On se dit que leur présence en standby annonce une matinée calme, mais on se trompe.

 

10h15 - La chasse est ouverte. Les cinq agents en civil percent la foule et attrappent les sacs de provision ici et là, les caddies et sac à dos, présupposant que leurs victimes sont de toute façon des voleurs et receleurs. En résumé, ils volent au nom de la loi. Une femme tchétchène se fait arracher son sac avec ses documents personnels. Elle tente une première fois de réclamer son sac, mais les flics la repoussent et lui disent de « dégager » (sic). Le chauffeur du fourgon, pour seule réponse, lui montre l'écran de son téléphone portable avec des photos de sexe. On pourrait douter, mais il est bien de la police...

 

10h34 - Finalement, après insistance, les flics vont chercher les affaires de la dame tchétchène et lui remettent son sac à main, mais gardent le sac à dos qui le contenait. Entretemps, un autre flic en civil est revenu en maintenant par le bras un jeune pakistanais menotté et en pleurs. Son tort : il vendait du maïs. Son sac de maïs a été saisi, il repose sur la chaussée. Le jeune garçon est finalement relâché, mais il pleure toujours. Il nous explique qu'il a été frappé par le policier d'un coup de poing au torax. J'entends un des deux flics de la brigade canine alpaguer un vieil algérien qui lui réclame son sac : « Tu vas me lacher ! Pas de sac ! Allez dégage, va à la goutte d'or ! »

 

11h40 - Les flics se déplacent, profitant de leur départ pour raffler des sacs et des caddies sur le trottoir qui longe le métro, de force, en tutoyant et en menaçant les gens qui sont autour. La voiture de la brigade canine suit les flics en civil et intimide les curieux. Au croisement du boulevard de la Chapelle et du boulevard Barbès, un flic à casquette passe par dessus la barrière et vient saisir le sac en bandoulière d'un homme qui se tient là sans rien faire, puis le tire vers la chaussée et commence à fouiller dans le sac. Il en sort un sachet plastique avec quelque chose dedans et le confisque. L'homme proteste, dit calmement qu'il s'agit de son sac personnel avec ses papiers administratifs. Le flic, sachant pertinement que l'homme dit vrai, sort les papiers, mais garde le reste. L'homme continue de protester, alors le flic de la brigade canine ouvre le coffre de la voiture et fait mine de sortir le chien, dont il tient déjà la laisse à travers la cage, pour lui faire peur. L'homme proteste et réaffirme qu'il est de bonne foi. Et là, devant tout le monde (c'est dire s'ils sont décomplexés), le flic à casquette lui dit « donne ta montre ! ». Il s'agit de la montre que l'homme porte au bras. « J'te dis donne ta montre ! ». Au final, le flic saisit l'homme par le bras et lui enlève sa montre, avant de grimper dans la voiture qui s'en va. S'il n'était pas flic, on appelerait ça du vol à la tire.

 

12h00 – Rien n'est fini. On remonte le boulevard de la Chapelle en direction du marché. Les mêmes flics ont fait le tour de la station de métro et sont de nouveau là, à voler les sacs de vendeurs à la sauvette. Le ton monte, quelqu'un tente de résister à l'agression des flics en s'accrochant à la poignée de son caddie. Au moment où on s'approche, le flic à casquette est en train de traîner une femme tchétchène sur la chaussée en la tirant par les cheveux. La femme est allongée au sol, tenue par sa queue de cheval, et hurle. La foule ne supporte pas la violence du geste et commence à crier au flic de se calmer, mais celui-ci préfère jeter la femme au sol en même temps qu'il sort sa matraque téléscopique et menace les gens qui tentent de le calmer. Il ne la lâche pas et l'entraîne vers le fourgon. Juste à côté, ses collègues se lachent. Leur violence a engendré celle de la foule. Ils ont sorti les matraques et viennent de menotter quelqu'un. Aussitôt, la foule se rue sur eux en criant. Ils sortent les gazeuses et aspergent en direction de la foule. Mais rien n'y fait, la foule est hors d'elle et commence à insulter la police. En fin de compte, les flics s'extraient du merdier qu'ils ont provoqué, s'enfuyant sous les jets de canettes et de boîtes de conserves. On récolte ce qu'on sème.

 

La matinée se termine sur une occupation des lieux par les flics. Malgré tout, le marché libre reprend, dés que les forces d'occupation tournent le dos.

 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : lâcher de sangliers sur le marché

 

CHRONIQUE COPWATCH

 

Mercredi 14 septembre 2011

 

La matinée s'annonçait plutôt calme. A croire que la volée de bouteilles essuyée samedi aurait un peu calmé l'ardeur animale des flics du quartier. De fait, avant 10:00 il ne s'est rien passé. Il n'y avait pas beaucoup de vendeurs et on sentait une certaine hésitation des porteurs de caddies à venir proposer leur marchandise.

 

10h00 - Avec une ponctualité certaine, deux équipes de trois flics en uniforme chacune, les uns en blancs, les autres en bleus, viennent avec leurs grosses pattes bousculer un peu les vendeurs, en beuglant des « dégage » guturaux dont ils ont le secret. Dans un premier temps, ils se contentent de « balayer » les cagettes et sacs qui ont été laissés sur place. Ils ne font que passer. Juste avant de quitter le terrain, l'un des flics en blancs vient discuter avec un flic en civil qui se tenait discrêtement de l'autre côté de la rue, à l'entrée des garages Vinci. Repéré, il s'esquive...pour mieux revenir.

 

10h45 – Cinq flics en civil du commissariat de la Goutte d'Or débarquent. Ils arrachent quelques sacs au passage, en n'oubliant pas de beugler sur les personnes qui protestent, puis remontent la rue des Islettes pour rentrer au poulailler. Dans la rue un peu plus haut, ils arrachent encore quelques sacs et caddies à des passants. Un touriste demande en anglais ce qu'il se passe. On lui répond que les policiers font leur travail : ils volent et agressent les pauvres. On peut, bien à propos, reprendre l'interrogation du commissaire Clouzeau (qu'on appelera désormais « la Panthère rose de Clignancourt ») :Vous imaginez, les touristes, quelle image ils ont de la France ? 

 

11h40 – Brutalement, surgie de nulle part, la brigade des sangliers de la Goutte d'Or déboule. C'est l'hallali, mais ce sont les bêtes qui chassent et les humains qui morflent. Sept flics en civil, décomplexés et violents, tapent dans le tas, arrachent les caddies et les sacs en faisant des vas et viens dans le marché, sans but, ayant pour seul objectif de chopper du pauvre. J'entends l'un d'eux s'adresser à son collègue qui est nouveau dans le métier de chasseur de pauvres : « Tu vas voir, on s'habitue vite ». Il saute ensuite sur une vieille dame africaine et lui arrache son caddie des mains. La vieille dame proteste, alors elle se fait pousser contre l'arrière d'une camionnette où le flic (le même qui donnait des conseils à son bleu de collègue la minute d'avant) la menace de son front et lui gueule de « dégager » (leur vocabulaire n'est pas varié, mais c'est déjà étonnant qu'un sanglier parle). Ils continuent leur échappée en direction du boulevard Barbès.

 

11h50 – Un couple chinois qui vendait un grand nombre de choses récupérées dans les poubelles se fait cogner près des grilles du métro. Le mari tombe et se fait mal à la jambe. Ça fait rire le flic, qui se moque de lui et fait rire ses collègues. Pendant quinze minutes, alors que les sept sangliers gardent les affaires du couple chinois, ils les humilient en les regardant de haut et en prenant à la rigolade leurs supplications. Beaucoup de gens sont témoins de ces brimades, comme à chaque fois que les flics viennent se défouler sur le marché libre de Barbès.

 

12h00 – Arrive le fourgon (immatriculé 831 NWR 75), accompagné de la voiture de la brigade canine (immatriculée AH-950-WB). Les sangliers jetent toutes les affaires ramassées à l'arrière du fourgon, puis s'en retournent au poulailler de la Goutte d'Or. La chasse est finie, du moins pour l'instant...

 

Sarkozy en rêvait, Guéant l'a fait !

 

Un veilleur des marchés libres

P.S. : Le marché libre de Barbès se tient tous les mercredi et samedi de 9h à 15h. Nous invitons tous les activistes sincères à venir faire de la veille avec nous, partout où cela est nécessaire, pour que les violences policières trouvent un terme.


 


Chasse aux pauvres à Barbès : un samedi (presque) comme les autres

 

CHRONIQUE COPWATCH

 

Samedi 24 septembre 2011

 

10h15 – L'approche est détendue, pas comme à l'ordinaire. D'abord un couple de civils vient vers les vendeurs de menthe et de coriandre et se contente, sans dire un mot, de jeter par terre leurs étalages de cagettes, s'appliquant à bien répandre la menthe sur la chaussée, par des coups de pieds désinvoltes. Enlevant au passage deux boîtes de conserves à une vendeuse qui s'est laissée surprendre, la flique les jette sur le tas de cagettes, pendant que son collègue empêche les passants de s'approcher.

 

Ils sont bientôt rejoint par deux collègues, bien déguisés en civils, au point que les vendeur/ses se laissent surprendre. L'un d'eux vient de saisir un caddie et le ramène au fourgon 831 NWR 75 qui vient de se garer sous le métro aérien, suivi de près par un jeune garçon tchétchène (seize ou dix-sept ans) qui veut récupérer ses affaires. Le flic lui assène alors un gros cou sur la nuque et le repousse en lui serrant le cou. Une femme algérienne se met alors en colère et crie à l'adresse des policiers : « Allez arrêter les gens qui ont des valises pleines de billets, pas les pauvres qui sont ici ! ». Tout en tapant sa matraque télescopique sur le sol, le grand flic lui répond laconiquement « Je suis payé pour ça », avant d'être entraîné par son collègue vers d'autres occupations. Entre temps, quatre flics en uniforme de l'unité cynophile (police urbaine de proximité) qui se tenaient rue Guy Patin se sont approchés, alertés par les haussements de ton. Ils ont les gazeuses en main et se dressent sur leurs pattes arrière (eux, pas leurs chiens) pour flairer l'embrouille et tenter d'apercevoir un éventuel semeur de trouble. Fausse alerte. Ils retournent près de leur voiture (Peugeot 207 bleu pétrole immatriculée 331 QXQ 75), tandis que les civils finissent de jeter leurs prises dans le fourgon.

 

10h50 – L'équipe de civils revient. Ils remontent le boulevard de la Chapelle et attrapent quelques affaires aux vendeurs qui sont là, repoussant comme d'habitude ceux qui s'agrippent à leurs caddies en leur criant « lâche ! » ou « police ! », comme si ce simple mot suffisait à tout justifier. Ils repartent rapidement. Ils ne semblent pas « en forme » aujourd'hui.

 

Jusqu'à notre départ à 14h00, rien ne se passe. Le marché reprend ses droits et s'étend jusque dans l'enceinte du métro Barbès. Ça fait plaisir de voir que le marché noir est aussi vivace et permet aux pauvres de survivre dans cette société qui voudraient les voir crever. La police n'y fera rien, aussi violente soit elle. Et tant qu'il y aura violences policières, il y aura rébellion. Tant qu'il y aura injustice, il y aura révolte.

 

Sur le marché, nous faisons la connaissance de H., marocain, qui est resté quelques temps à Patras et Igoumenitsa en Grèce, d'où il est passé en Italie en s'accrochant sous un camion. Il a vécu trois mois dans les cabanes accrochées au dessus du port d'Igoumenitsa, après avoir travaillé en Crête comme soudeur, puis d'Ancona il est venu en France. Pas loin de lui, il y a B., tchétchène, dont le père a été tué sous ses yeux par des hommes masqués débarqués une nuit dans leur maison familiale. Il est passé par la Pologne et demande l'asile en France. Encore un peu plus loin, il y a P., afghan tadjik, qui est arrivé en France mineur, après avoir vécu quelques temps en Iran et traversé la Grèce lui aussi pour arriver jusqu'en France. Il a obtenu sa carte de réfugié et étudie en lycée technique. L'un vent de la menthe, le second du chocolat et du dentifrice, le troisième des vêtements.

 

Finalement, on quitte le marché vers 14h00, juste au moment où deux camionnettes de flics viennent intervenir sur une agression qui a eu lieu devant Tatie. Un mec est allongé au sol, il vient de prendre un coup de couteau. Un autre mec est arrêté au hasard, tandis que les flics écartent la foule curieuse en poussant et en tirant par les bras les passants. Barbès, malheureusement, c'est aussi la guerre entre les pauvres...

 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : les chiens s'ennuyaient

 

CHRONIQUE COPWATCH

 

Mercredi 28 septembre 2011

 

9h45 – Le fourgon des flics chasseurs (immatriculé 831 NWR 75) est stationné à la sortie du métro Château Rouge. Il est en stand-by, un flic en uniforme se tourne les pouces derrière le pare-brise.

 

10h00 – Du côté de Barbès, le marché est déjà bien actif. Deux flics en civil du comico de la Goutte d'Or se tentent une incursion en solo. D'abord ils marchent d'un pas détendu, sans intervenir sur le marché libre, semblant attendre le signal. L'un des deux est pendu à son portable...

 

10h15 – L'un des deux chasseurs se retourne subitement, comme s'il avait enfin reçu le signal tant attendu, et bondit littéralement sur un rrom qui vend le long des grilles du métro. Le pauvre n'a pas le temps de réaliser ce qui lui arrive qu'il est plaqué contre le pilier du métro aérien. Ses sacs lui sont saisis, puis les deux flics le congédient et restent autour de leur saisie, toujours suspendus au téléphone, regardant au loin dans la rue des Islettes si les collègues se pointent. Entre temps, le marché s'est dispersé. Finalement, les flics repartent avec chacun un sac à la main en direction du commissariat de la Goutte d'Or.

 

11h00 – Quatre flics en civils piétinent à l'entrée des parkings Vinci, juste sur le trottoir en face du marché libre. Les vendeurs ne semblent pas les avoir remarqué, alors on les prévient. Pas de réactions de panique, mais des regards anxieux dans leur direction. Certains préfèrent plier leurs affaires, au cas où. Mais les flics restent là bien quinze minutes, sans rien faire.

 

11h20 – Les quatre flics traversent la rue en courant, fondent à travers le marché libre pour rejoindre la rue Guy Patin, renversant au passage les étals des vendeurs de menthe qui sont sur la chaussée. De la verdure est saisie (on pourrait croire qu'il existe une filière clandestine de menthe et de coriandre). Mouvement de panique, une partie des vendeurs s'esquive, tandis que les autres s'agglutinent pour voir ce qu'il se passe. Au carrefour du boulevard de la Chapelle et de la rue Guy Patin sont stationnées deux voitures de police, qui bloquent en partie la circulation, accompagnées de la voiture banalisée de l'unité cynophile (immatriculée 331 QXQ 75). Devant, sept flics en uniforme se sont rassemblés et semblent élaborer un plan d'action, qui avec son gilet tactique, qui avec son talkie-walkie. Mêlés à la meute, les quatre flics en civil ont été rejoint par deux autres, ce qui nous amène à treize flics sur deux mètres carrés. Mais que veulent-ils faire ?

 

11h30 – L'assaut est lancé : la brigade canine a sorti les chiens et fonce au milieu des vendeurs à la sauvette, déjà bien clairsemés. Mais leur but ne semble pas d'arrêter les vendeurs. Ils passent au milieu d'eux à la recherche de quelqu'un, leur chiens bondissant en aboyant sur les pauvres gens qui se tiennent trop près. « Casse-toi jt'ai dit ! » crie l'un des deux flics cynophile à l'adresse d'un vieil homme. On a compté : quatre personnes, dont trois vieillards, se sont fait agresser par les chiens, qui leur ont bondi à la figure en se dressant sur leurs pattes arrières. Pendant ce temps, trois flics en civil prennent en chasse un grand mec avec des cheveux longs, avant de s'apercevoir qu'ils se trompent de cible. Au final, un jeune maghrébin est interpellé et menotté au même endroit que le garçon rrom de tout à l'heure, avant d'être embarqué à pieds en direction du commissariat de la Goutte d'Or (rue des Islettes).

 

Le raid canin aura aussi permis d'enrichir les trophées de chasse : le fourgon blanc de la rue Clignancourt vient d'arriver et les flics en civil se chargent d'y jeter les caddies et cagettes attrapées au vol. Dans le fourgon, on peut apercevoir les cagettes de menthe de tout à l'heure.

 

Du côté de la rue Guy Patin, on apprendra que la justification de ce raid est le cambriolage d'une grosse voiture bourgeoise aux vitres teintées qui a eu le malheur de se garer dans le coin. La vitre avant droite a été fracturée et le chéquier de la dame, ainsi que d'autres affaires, ont été volés.

 

Ça apprendra à la dame qu'il ne fallait pas acheter une grosse bagnole clinquante qui dit « mon proprio a du pognon ». En tout cas, Robin des bois aurait apprécié le geste.

 

Un veilleur des marchés libres

 

P.S. : Des images de ces interventions de police sont également prises, mais on a choisi d'adopter une stratégie de compilation des données, préférant à la « publication à scandale » la rédaction de chroniques régulières et informationnelles. Quand viendra le moment de faire quelque chose des images, on prendra le temps de la réflexion, pour évaluer le meilleur moyen d'en faire usage. Mais ces images seront là pour prouver que nos chroniques ne sont pas que pure invention : la réalité est réellement aussi laide qu'on la décrit.

 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : blitzkrieg anti-caddies

CHRONIQUE COPWATCH

Samedi 1er octobre 2011

 

Réaction à quelques événements récents et quelques polémiques persistantes :

 

Il n’est pas rare, et ça ne nous étonne donc pas, que des raccourcis soient faits et que les auteurs de certaines initiatives telles que la nôtre soient assimilés, par défaut ou par défiance, à de la provocation policière ou à du bricolage militant. La pratique du copwatch qui se répand n’est pas le fait d’une personne isolée ni d’un groupe unique, mais de multiples individualités qui ont trouvé, sans forcément se connaître, un même moyen d’action, tout à fait contestable nous l’entendons bien : la critique fait progresser. De fait, cela suscite de la suspicion et c’est « normal ». Pour autant, nous souhaitons que les choses soient dites clairement : chacun est libre de reprendre ailleurs nos chroniques sans que cela nous engage vis-à-vis de la ou les personne(s) qui copie(nt)-colle(nt) nos écrits. Notre objectif est de décrire une situation de harcèlement policier et de créer les conditions pour que ce harcèlement cesse, en tentant de détruire peu à peu l’assurance et le sentiment d’impunité des flics visés par nos écrits. Si nos articles sur la chasse aux pauvres ne sont pas accompagnés d’images, c’est justement pour s’éviter des complications judiciaires dont nous nous passons. Par ailleurs, nous refusons de crier avec les loups et adressons notre témoignage de solidarité aux auteurs du site de copwatch Nord-Paris île de France, ne préjugeant pas de leurs appartenances et de leurs motivations, mais considérant que leur travail part d’une même volonté de dénonciation et d’information que celle qui nous anime sur Paris. Quand à l’amalgame fait avec les rigolos dangereux de la compagnie Grégory Pasqueille, nous tenions à préciser que nous n’avons et ne voulons rien avoir à faire avec eux. Ils ne sont pas nos amis. Et nous ne pensons pas (cela n’implique que notre intuition personnelle) qu’ils aient un rapport quelconque avec le site copwatch Nord-Paris île de France.


Voilà qui est dit. Retour à Barbès :


9h07 – Le marché est en place, le marché libre aussi. Un fourgon de police passe, ralentit, s’arrête au bord du trottoir. Dedans, trois flics en uniforme. Celui qui se trouve au volant se penche par la fenêtre et siffle fort. Les vendeurs se retournent et subitement la cohue s’installe : tout le monde plie bagage et s’enfuit. Mais le fourgon repart. Dans leur habitacle, les flics sourient, fiers de leur effet. Harcèlement.

 

10h40 – Les vendeurs ont eu une heure de répit, le marché libre a repris entièrement ses droits. Il n’en fallait pas plus pour que les flics reviennent avec leurs grosses pattes. Cette fois-ci, le fourgon blanc habituel (immatriculé 831 NWR 75) est avec eux, conduit par trois flics en uniforme de la sécurité de proximité et suivi de près par une voiture avec deux flics de l’unité cynophile (immatriculée AH-950-WB), d’une autre voiture de police avec deux flics supplémentaires (immatriculée AC-498-JW) et de cinq flics en civil arrivés à pieds. Au total, ce sont près de douze flics qui se jettent sur le marché. On connait la pratique : les véhicules freinent brusquement, s’insèrent dans la rue qui passe sous le métro aérien, tandis que les civils sont déjà en train de percer la foule et d’arracher tout ce qu’il peuvent attraper au passage. C’est méthodique et sans pitié. Une petite fille passe avec sa mère et lui demande «  Pourquoi ils font ça ?  », ce à quoi sa mère lui répond «  C’est normal, y’en a qui payent des charges...  ». La solidarité, ce n’est vraiment plus de notre époque. Un homme tente de récupérer son portable dans les affaires que les flics lui ont confisqué, mais rien à faire, c’est « non  ». Au final, il le récupère quand même, profitant d’un moment d’inattention de la part du flic obstiné. Plusieurs caddies, sacs et autres objets volés ici ou là sont jetés dans le fourgon, puis la colonne de flics reprend sa route.

 

10h48 – L’opération a duré moins de dix minutes et se termine par une arrestation : un jeune (supposé) vendeur de cigarettes est interpellé en face de Tatie (juste au pied des magasins qui ont brûlé le 21 juin dernier et dont les décombres n’ont toujours pas été nettoyées : dans un quartier comme Barbès, ce n’est probablement pas une priorité) et emmené à l’arrière de la voiture de police.

 

11h09 – Une voiture de police passe, s’arrête. A nouveau le conducteur passe sa tête par la fenêtre et regarde les vendeurs avec un air menaçant : «  allez, on s’en va, on s’en va  ». Puis elle repart. Harcèlement.

 

12h00 – Deuxième opération rapide sur la marché : les cinq flics en civil de tout à l’heure reviennent avec les mêmes flics en uniforme de la sécurité de proximité et de l’unité cynophile. La chasse reprend, les flics fondent au milieu des vendeurs et agrippent les sacs. Un couple très âgé se fait tout prendre. Ils s’approchent du fourgon blanc, tentent de négocier avec les flics, puis la vieille dame les supplie de lui rendre quelque chose. Ils refusent, puis l’ignorent simplement, avant de remonter à l’avant du véhicule. La vieille dame s’approche de la fenêtre du conducteur, joint les mains en signe de prière, mais celui-ci remonte la vitre et tourne la tête. Mépris.

 

12h08 – La colonne de flics repart. Les civils remontent à pieds jusqu’à Tatie et poursuivent au delà. L’opération à duré à nouveau moins de dix minutes. Les vendeurs se réinstallent doucement. A chaque fois, ce sont vingt minutes de perdues. Pour quelqu’un qui n’a que ça pour survivre, ce n’est pas négligeable.

 

Aujourd’hui heureusement, il fait beau et chaud : grand soleil, grand marché. Mais vous verrez qu’ils finiront par abolir le soleil...

 


Chasse aux pauvres à Barbès : les sangliers remportent la première manche

ULTIME CHRONIQUE 

Mercredi 5 octobre 2011

 

10h20 – Cinq flics en civil du commissariat de Clignancourt errent sur le marché en mode mains dans les poches. Ils n’interviennent pas et s’en vont faire un tour.

 

10h40 – Les mêmes flics reviennent, au nombre de six. Ils restent un long moment sous une tente du marché, là où un mec vend des vêtements, juste face aux vendeurs à la sauvette. Ils observent, plantés en grappe le long de l’allée. Leur petit chef au crâne presque glabre prend des photos avec son téléphone portable, un sourire en coin. A vrai dire, toute sa bande n’a pas l’air très intelligente.

 

10h45 – La bande se déplace, mue le long du trottoir qui longe le métro Barbès, mais n’intervient toujours pas. Leur chefaillon continue de prendre des photos n’importe comment, de gens qui passent, au vol, comme il a l’habitude de pratiquer lorsqu’il subtilise les sacs et caddies des pauvres. Un algérien l’interpelle en rigolant à moitié, malgré tout surpris d’être pris en photo. Ils traversent le boulevard de la Chapelle et restent un moment planqués derrière une fourgonnette.

 

Finalement, ils suivent un copain qu’ils viennent de prendre en photo et vont le contrôler un peu plus loin. Ils sont tous les six autour de lui, le prennent en photo avec leurs portables. Aucun d’eux ne porte de brassard police au bras : les polices politiques ne se sont jamais embarrassées de ce genre de détail.

 

Le chefaillon prend en photo le permis de conduire que le copain lui présente. Le copain nous rapporte que son collègue a fait un trait d’humour, affirmant que ce sera publié sur Facebook, pensant sûrement l’intimider. Il semblerait que les polémiques récentes ont eu un impact. La flicaille apprécie de façon mitigée la publication de ses épopées.

Mais peu nous importe ces jeux d’enfants, puisque nous avons désormais des preuves suffisantes de leurs méfaits. Nous remercions le commissaire divisionnaire Clouzeau de nous avoir envoyé ses échantillons d’humanité, afin que nous puissions effectuer une étude anthropologique de leurs pratiques.

 

Par ailleurs, au regard de l’élan de solidarité du milieu libertaire et anarchiste à l’égard de ceux qui ont choisi notre mode de lutte, nous avons décidé de mettre un terme à notre expérience sur Barbès. En effet, il n’est pas utile de risquer des coups lorsque ceux qu’on estime être des camarades se détournent fébrilement et préfèrent crier avec les loups, contribuant à discréditer une pratique un peu trop « anglo-saxonne » à leur goût. Il semblerait que les réactionnaires ne sont pas seulement dans le camp d’en face...

 

Nous tenons quand même à préciser, si il nous est possible de bénéficier du droit de réponse, que nous n’avons rien à voir avec Benjamin Ball et Grégory Pasqueille, que nous considérons nous aussi comme des ennemis.

Il est juste dommage qu’il faille décliner son identité pour participer aux luttes et être « validé » par le milieu libertaire, afin d’obtenir de sa part un minimum de solidarité.

 

Des veilleur.euse.s des marchés libres (qui continueront leur lutte ailleurs)

 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : la police politique traque les témoins

 

CHRONIQUE COPWATCH

 

Samedi 15 octobre 2011

 

10h40 – Une première équipe de trois flics en uniforme débarque à pieds et s'en prend immédiatement aux vendeurs de menthe qui sont les plus exposés le long du trottoir, avant d'aller et venir dans le marché en bousculant ceux des vendeurs qui n'ont pas réagi assez vite. Pas d'arrestation, ni de saisie : ils n'ont pas de véhicule avec eux. Ils s'appliquent à faire un tas avec les cagettes et les cartons renversés par eux la minute d'avant, puis partent en direction de la sortie du métro : « Venez, on va toper les vendeurs de clopes ».

 

11h18 – Trois voitures de police s'arrêtent au carrefour du boulevard de la Chapelle et de la rue Guy Patin. Au moins l'une d'elle appartient à l'unité cynophile. Un chien est sorti, sans doute pour dissuader les récalcitrants. Les autres flics, majoritairement en uniforme, mais accompagnés de trois flics en civil, se lancent à la chasse aux biffins. Le marché est déjà dispersé depuis le passage de leurs collègues la demie heure d'avant. Il s'est réinstallé timidement le long du métro, mais les vendeurs se sont très vite aperçu que les flics étaient de retour.

 

Une copine est là, elle prend des photos et filme avec un appareil qu'elle porte en bandoulière. Mais elle est très vite repérée et la réaction ne se fait pas attendre. Aussitôt, quatre flics en uniforme lui tombent dessus et la contrôlent. Intimidation. Ils l'encerclent, la questionnent, cherchent à la déstabiliser : « Allez photographiez les délinquants à la goutte d'or », « Quand on vous volera votre portable, vous viendrez nous voir », puis un de flics lui lance avant de partir : « Vous allez voir, vous allez avoir affaire à moi ! »

 

A peine se sont-ils détournés qu'ils s'en prennent au copain qu'ils soupçonnent de filmer en caméra cachée. Là encore, ce sont immédiatement cinq flics qui l'encerclent :

 

Un flic - « Donnez-moi votre clé USB ! Elle est où votre clé USB ?

Le copain - De quoi vous parlez ?

Un flic - Si, si, vous avez une clé USB, je l'ai bien vu arrêtez.

Un flic - Allez monsieur, allez...

Le copain - Mais qu'est-ce que vous racontez, arrêtez un peu !

Un flic - Il va me saouler lui !

Un flic - On va vous fouiller.

Un flic - On va prendre son blaze aussi. Espérons que vous avez une pièce d'identité, vous allez perdre du temps sinon.

[le copain sort son permis de conduire]

Un flic - Qu'est-ce que vous avez dans votre sacoche ? Sortez-moi ce que vous avez dans la sacoche !

Le copain - J'ai une caméra dans la sacoche [il sort un camescope et le tend au flic]

Un flic - Et la clé USB elle est où, celle que vous aviez dans la poche ?

Le copain - J'ai pas de clé USB dans ma poche !

Un flic - Eh monsieur, m'obligez pas à vous faire une palpation, sortez-là, sinon je la retrouve.

Le copain - Oui, voilà.

Un flic - Remettez-la moi

Le copain - Mais non, j'ai pas à vous la donner !

Un flic - Tu la donne sinon on t'embarque !

[un flic en civil commence à lui faire une clé de bras]

La copine - Mais ça va pas où quoi ! Vous n'avez pas le droit de faire ça !

Le copain - Vous la regardez, mais vous n'avez pas à la prendre !

[le flic prend la clé]

La copine - Vous savez très bien que vous ne pouvez pas faire ça.

Le copain – Vous n'avez pas à la prendre !

[ils se calment]

Le copain – voilà...

Un flic - Vous n'avez pas à nous filmer.

Le copain - Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui dit ça ?

Un flic - Vous n'avez rien d'autre à faire sérieux ? Vous voulez filmer les agresseurs ?

Le copain - Mais la question n'est pas là !

Un flic - Mais si la question elle est là.

Un flic - Ouais allez c'est bon, prend son identité et on s'tire.

La copine – ça, vous n'êtes pas autorisé à la garder [en désignant la clé]

Un flic - Vous inquiétez pas, je vais vous la rendre.

Le copain - Ben j'espère bien, parce que vous n'avez pas le droit de la prendre, monsieur.

Un flic - Si je veux la prendre, je la prend, c'est tout.

Le copain – Non, non

La copine - Y'a pas de « c'est tout ».

Le copain - Vous prenez mon identité, y'a pas soucis, mais vous ne prenez pas mes affaires.

Un flic - Sinon malheureusement elle peut tomber par terre et je marche dessus.

Le copain - Pourquoi vous voulez faire ça ?

Un flic - Ça arrive...

Un flic - Pourquoi ? Parce qu'on en a marre de trouver nos tronches sur internet, tout simplement !

Le copain - Mais ça n'a rien à voir avec moi ça !

Un flic - C'est vous qui le dites.

Un flic - Bon allez c'est bon, t'as pris l'identité de monsieur.

Un flic - Si on croyait tout le monde sur parole, y'aurait pas de flic en civil sur internet.

Un flic - A 23 ans, vous n'avez rien d'autre à faire franchement, de votre vie, que de faire ça ?

[ils rendent le permis de conduire]

Un flic - C'est pas des choses intelligentes de faire ça. Vous faites pas avancer les choses.

Le copain - Écoutez, vous n'avez pas à préjuger de ce qui est intelligent ou pas.

Un flic - Eh la ramène pas, parce que ça, ça s'appelle une trique et moi je suis pas très intelligent, tu vas la prendre derrière la tête. Alors la ramène pas, d'accord ?

Le copain - D'accord, je vois ce que c'est ouais.

Un flic -- Si t'as rien à faire, tu vas filmer Barbès et la Goutte d'or. Tu vas faire ça et tu vas voir...

Un flic - On va voir qui va nous appeler pour te rendre service.

Un flic - Voilà hein.

Un flic - Branleur va!

[ils s'en vont]

Le copain - Ouais ouais, bon allez, bonne journée !

 

 

Après quoi, ils ont quitté les lieux, à bord de leurs trois voitures. Nous aussi, car nous avions rendez-vous ailleurs. La transcription de ce dialogue absurde à valeur pour nous de témoignage, pour mettre en mots la manière dont la police appréhende les gens, les passants, le quidam, la personne ordinaire qui ne laisse en rien préjuger, par son apparence, de ses activités. Nous aurions pu n'être que des touristes ou des curieux. Notre présence et nos appareils ont fait de nous leur ennemis, les victimes momentanées de leur paranoïa.

 

Et ce n'est pas tout, car la conversation aurait pu être tout autre. Ils auraient pu demander simplement ce qu'on faisait là, sans agressivité et sans intimidation. Mais il est devenu pratique courante pour eux d'avoir recours à des contrôles systématiques, d'agir en bande, d'encercler et de proférer des menaces. Il semblerait que le flic peut se permettre de dire ce qu'il veut, qu'il est libre de frapper avec sa matraque (sa « trique »), de détruire ce qui ne lui appartient pas (notre caméra), de qualifier qui bon lui semble de « branleur »...

 

Mais l'objectif n'est pas de nous plaindre ou de geindre que la police devrait être plus gentille. Il s'agit plutôt, à l'heure où le ministère de la Défense veut réhabiliter les bidasses auprès des enfants dans les établissements scolaires, de rappeler que la flicaille a pour vocation d'être une milice, payée et entraînée pour protéger l’État et ses institutions. Et la population n'est pas dupe. Toutes les tentatives pour mettre en place des flics de « proximité » ont échoué, tant cette proximité se traduit par une répression accrue envers les pauvres : voyez plutôt comment la BST de Belleville envisage la « proximité » avec les habitants du quartier, c'est éloquent !

 

Notre expérience du terrain, à travers une présence régulière sur certains lieux symptomatiques, vise non seulement à mettre en exergue la violence des rapports entre la police et les pauvres, mais aussi à intervenir auprès des habitants et des biffins pour les préserver au plus possible de cette violence. Notre action ne se traduit pas uniquement par la prise d'images, mais également par la mise en place d'un système de veille, afin d'être là quand les flics déboulent, pour prévenir les gens de leur arrivée et s'assurer que leur violence ne restera pas sans témoins. Plus on sera nombreux à le faire, moins la rue leur appartiendra.

 

Par le passé, on feignait de penser que les ripoux étaient une minorité dans les rangs de la police. Aujourd'hui, nous nous appliquons à démontrer qu'ils sont bien plus nombreux...

 

Ne les laissons plus faire !

 

 


Chasse aux pauvres à Belleville : battue républicaine et hygiène sécuritaire

CHRONIQUE COPWATCH

Jeudi 20 octobre 2011


19h15 – La nuit est déjà presque tombée. Sous les lampadaires du boulevard de Belleville, sur le terre-plein central, le marché n’est pas très actif. Les vendeurs sont éparpillés. Ces derniers temps, les biffins ont du mal à se réapproprier l’espace régulièrement nettoyé par les flics et les agents de la mairie. Ce soir ne fait pas exception. Il faut dire que la stratégie de harcèlement n’est pas la même qu’à Barbès : ici la colonisation policière a déjà atteint un stade avancé, le contrôle est quasiment permanent. Belleville est depuis longtemps sous occupation. Des équipes de flics en uniforme font des allers-retours incessants, ne laissant que peu de possibilités aux vendeurs pour reposer leurs affaires sur le trottoir.

 

Les énervés de la BST passent moins souvent, à croire que la hiérarchie leur a ordonné de lâcher du lest, de la jouer molo. On n’entend plus aussi fréquemment les coups de matraques effrénés du major Toineau contre les poteaux métalliques, annonçant l’arrivée imminente de sa meute policière qu’il mène à la chasse aux pauvres. Pourtant la traque n’est pas finie pour autant et l’étau s’est même resserré. Au lieu de débarquer à l’improviste et de façon violente, les flics sont omniprésents, ils ne quittent plus le boulevard.

 

19h25 – Deux équipes de flics, sept au total, remontent le boulevard à pas lents. On dirait une battue. Puis ils se séparent : quatre agents de la BSQ DSPAP 11 /85 (1) d’un côté, trois agents d’une quelconque Unité de Sécurisation de Proximité de l’autre (2). Ces derniers, en s’approchant du métro Ménilmontant, font fuir les biffins, roulant des mécaniques et empêchant les moins vifs de récupérer leurs affaires. Un grand flic agrippe un drap qu’une femme rrom essaye de replier. Elle ne se laisse pas impressionner, plaisante même en désignant ses affaires : « C’est beaucoup d’argent ». Lui, ironique, lui répond : « Pour gagner de l’argent ’faut travailler » puis « Allez, poubelle ! ». Elle tient bon, alors il lance « Y’a de la place aussi pour vous, vous voulez venir à la benne avec moi ? ». Elle finit par lâcher, résignée.

 

19h30 – Finalement, les trois flics restent seuls à veiller sur un tas de ballots remplis de vêtements, de bouffe et d’électronique. Un camion-poubelle ne tarde pas à arriver (Derichebourg environnement, camion n°3308 immatriculé AK-908-CG 92), suivi d’un utilitaire de la mairie de Paris (immatriculé 208 QFW 75). Les trois flics saisissent les ballots, aidés par les agents de la mairie, puis les balancent dans le camion-poubelle. On remerciera la mairie de Paris de collaborer avec la police dans ses opérations de nettoyage.

 

Les trois chasseurs rejoignent leurs collègues, avant de remonter ensemble le boulevard jusqu’au métro Belleville. Sur leur parcours, ils parviennent à contrôler et fouiller quatre personnes (tous étrangers bien sûr) : sur cinq-cent mètres, ça fait une bonne moyenne ! Puis, relax, ils s’arrêtent et bavardent un peu, avant de retourner vers leurs comico respectifs, probablement satisfaits d’avoir contribué au rétablissement de l’ordre républicain.

 

La chasse aux pauvres prend à Belleville une forme insidieuse, voire silencieuse. Sans trop de remous, la police impose au quartier sa présence et son contrôle permanents. A quelques pas de là, des masses de bobos s’entassent dans les cafés branchouilles, bien loin de cette réalité sociale violente qui ne les concerne pas, mais dont ils sont directement responsables. La flicaille et son contrôle sont un passage obligé vers le règne total et égoïste de la petite bobosphère altercapitaliste.

 

Barbès n’en est pas encore là, mais avec le plan de réhabilitation du quartier de la goutte d’or (présenté par les édiles et les urbanistes comme le « dernier quartier insalubre de la capitale »), cela ne saurait tarder. Ils (pas nous, les autres, les pas-gentils) adorent tellement les villes insipides, en verre et sans espaces verts, parsemées de mobiliers urbains métalliques (anti pauvres eux aussi), où chaque corniche abrite sa caméra et ses piques anti pigeons (aussi sales que les pauvres) et où les néons concurrencent les placards publicitaires pour transformer les rues en couloirs d’hôpitaux. Dans leurs villes rêvées, véritables paradis infernaux, des contingents entiers de flics (en pyjama bleu ou en tenue bourgeoise, à pieds, à vélo ou en segway) côtoient des myriades d’agents de sécurité (pauvres et soumis de préférence) et autres citoyens volontaires (pas nous, les autres, les méchants), pour s’assurer que tout est bien en ordre et que chacun rentre bien dans le rang (et vote). Enfin, dans leurs villes, les rues portent des noms comme « avenue Bouygues », « boulevard Vinci », « place Takieddine »...

 

Mais cessons ici cette prose fataliste. Préparons nos frondes, car l’occupation a repris.

 

Des veilleurs des marchés libres

 

1) Brigade de Soutien de Quartier intégrée à la Direction de la Sécurité de Proximité de l’Agglomération Parisienne.

2) Quelques infos sur les différentes structures ici (site de la prefecture).

 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : les agresseurs sont devenus furtifs

CHRONIQUE COPWATCH

Mercredi 26 octobre 2011

 

On arrive sur place entre 9h30 et 10h00. Le marché libre occupe déjà une bonne partie du parvis devant la sortie du métro Barbès. Le soleil est de sortie, mais il fait quand même bien froid.

 

10h25 – Les flics sont déjà là. Le fourgon blanc bien connu (immatriculé 831 NWR 75) ouvre la voie, conduit par trois flics en uniforme de la « Sécurité de Proximité de l’agglomération parisienne ». Pour ce faire, il emprunte le sens interdit sous le métro aérien et vient se garer juste devant les vendeurs de menthe. Immédiatement derrière lui vient se coller la voiture de police (immatriculée AH-950-WB) de l’unité cynophile, elle aussi conduite par quatre flics en uniforme. Enfin, toujours au même moment, comme tombés du métro, cinq flics en civil pénètrent le marché à la recherche de caddie clandestins et de sacs délinquants.

 

Deux des flics en civil, toujours sans brassards police (notons qu’on ne les a JAMAIS vu porter leurs brassards), se cachent sous leur capuche noire. L’un d’eux porte devant le visage une écharpe de supporter. Ils prennent des sacs ici et là, les ramènent au fourgon et remontent quelques mètres le boulevard de la chapelle, avant de s’engouffrer dans leurs véhicules et de repartir en direction du magasin Tatie.

 

10h50 – Fausse alerte : quatre flics de la BAC (sans brassards police) s’arrêtent sur le bord du trottoir et descendent de leur voiture (immatriculée 106 PRS 75 et emboutie sur le côté avant gauche). Il n’en faut pas plus pour disperser le marché. Ils sont venus à l’appel d’un vieil homme qui s’est fait frapper par un inconnu, mais repartent bientôt en laissant le pauvre homme avec sa lèvre en sang et son caddie vide. Le fait d’être pauvre et algérien n’a pas dû jouer en sa faveur pour obtenir l’aide des super-héros de la police nationale...

 

11h04 – Une demie heure s’est écoulée avant que le fourgon blanc ne revienne avec son escorte. C’est la même équipe. Le flic dissimulé a tombé la capuche, mais garde toujours son écharpe devant le visage. On ne voit que ses yeux et son crâne rasé (c’est bon signe). Dans leur échappée sauvage, les flics essayent d’attraper le sac à main d’une femme. Celle-ci résiste et se fait aussitôt malmener par les rustres de la république, qui l’empoignent par le bras et la forcent à les suivre. Elle a beau crier qu’il s’agit de son sac personnel (cela y ressemble fortement d’ailleurs), il ne la laissent pas partir et l’amènent au fourgon. Là, abandonnant son sac à main, la femme prend ses jambes à son cou et disparaît dans la foule. Peu en importe aux flics qui reprennent leur activité. Ils remontent à nouveau le boulevard et saisissent ce qu’ils peuvent avant de prendre (toujours en sens interdit) la rue des Islettes. Là, ils se lancent à la poursuite d’un groupe de femmes rrom. Un homme, tenant à la main un petit garçon, tente de les prévenir en sifflant, en vain. Deux flics en civil viennent le contrôler puis lui demandent de les suivre, toujours avec son petit garçon. Entretemps, les femmes rrom se sont faites saisir toutes leurs affaires. Tout est jeté dans le fourgon qui repart aussitôt. Il est 11h11.

 

Ce qui nous frappe, c’est l’aspect méthodique et furtif de l’intervention, qui n’a duré que sept minutes. La précédente intervention n’a duré que cinq minutes. Les policiers auraient-ils la faculté de caractériser une infraction et d’en identifier l’auteur en quelques secondes ? La déontologie ne voudrait-elle pas que les personnes visées puissent se défendre, faire valoir leurs droits, savoir à qui elles ont affaire, connaître la fonction et le matricule des flics qui les attaquent ?

En réalité, les unités de police se comportent à Barbès (et ailleurs on n’en doute pas) comme des escadrons punitifs, dont les membres se questionnent bien peu sur l’arbitraire de leurs actes. La guerre qu’ils mènent contre les pauvres est de plus en plus légitimée par les autorités, qui n’hésitent pas à multiplier les arrêtés contre ceux qui n’ont rien, à l’exemple de l’arrêté anti-mendicité du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin ou de l’arrêté anti-glanage du maire de Nogent-sur Marne Jacques J.P. Martin.

 

Lorsque l’Etat rétablira la bonne vieille loi napoléonienne contre le délit de vagabondage, il n’y aura pas à douter que nos flics sans brassards se lanceront spontanément à la poursuite de tout les gens « sans domicile certain, ni moyens de subsistance, et qui n’exercent habituellement ni métier, ni profession » (définition juridique donnée par l’article 270 du code pénal de 1810).

 

A vos abris, chômeurs, étrangers et sans-abris, la réaction reprend du poil de la bête !

 

Des veilleurs des marchés libres.

 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : avec ou sans brassard

CHRONIQUE COPWATCH

Samedi 29 octobre 2011

 

Barbès, toujours Barbès. On y est dés 9 heures, alors que les biffins s’installent encore timidement, n’occupant que le parvis du métro. La régularité de notre présence s’explique par notre volonté de maintenir une veille permanente.

 

Depuis deux semaines, on a eu la sensation que les tensions étaient retombées et que le copwatch avait somme toute eu un impact. On se rassure comme on peut. Les flics s’abritent sous leur capuche et ne s’attardent pas, comme si quelqu’un leur avait dit « Les gars, calmez un peu le jeu » (N.B. : dans la police on tient très peu compte des filles). Et puis dans leurs remarques au moment des contrôles, on sent que leur image commence à les obséder.

 

9h45 – Fausse

alerte : quatre flics en uniformes fondent à travers la foule, ne font que passer. Les vendeurs s’échappent, croyant à une intervention, vent de panique qui semble beaucoup amuser les flics. Ils partent déjà.

 

9h50 – Fausse alerte : une voiture de police (immatriculée 75 N-5767-G) s’arrête au milieu de l’intersection du boulevard de la Chapelle et de la rue Guy Patin. Elle y reste en stationnement pendant plusieurs longues minutes. Les vendeurs sont inquiets, mais ne rangent pas leurs affaires. Dans la voiture, deux flics scrutent avec insistance la foule, puis repartent comme ils sont venus.

 

10h25 – Le fourgon blanc arrive, plus tard que d’ordinaire. La porte latérale s’ouvre et deux flics en civil en sortent (c’est interdit normalement de transporter des personnes à l’arrière d’un fourgon sans banquettes, non ?). L’un d’eux sort spontanément sa matraque télescopique et s’en sert pour faire des moulinets dans les airs, histoire de se faire respecter sans doute (c’est ça la force brute). Dans la fine équipe, seule la femme porte le brassard police, mais en pendentif à sa veste, juste sous un gros crucifix (quand t’es en civil, même la laïcité y passe). La foule se disperse et la petite troupe se lance. Un, deux, trois sacs, un caddie. Difficile de compter le nombre de prises.

 

10h29 – Les flics repartent. Ils ont battu un nouveau record de vitesse : l’intervention éclair a duré 4 minutes.

 

12h08 – Les mêmes flics sont de retour. Cette fois-ci ils sont arrivés de l’intérieur du métro Barbès. Mais il semblerait que leur fourgon a eu un petit contretemps, car ils errent dans la foule, le portable à l’oreille. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Du coup, ils vont de droite à gauche, font remballer les biffins sur leur passage, mais ne prennent rien. L’un d’eux reste en retrait, semble avoir perdu ses collègues. Comme pris d’une angoisse, il met sa capuche noire sur la tête et erre encore quelques secondes avant de retrouver l’un de ses comparses qui est en train de sermonner un vendeur au pied des grilles du métro. Ils finissent par se regrouper et remontent la rue des Islettes pour s’en retourner bredouille chez eux. Sans fourgon, ils sont perdus.

 

12h48 – Mince, cette fois-ci c’est pour nous ! Alors que les mêmes flics en civil s’en prennent à un groupe de tchétchènes devant le dépôt RATP, deux copains s’approchent pour voir ce qu’il se passe. Deux femmes et un homme viennent de se faire confisquer deux caddies et deux sacs remplis. Les flics les contrôlent et restent autour de leur prise, en attente de leur fourgon. Deux d’entre eux se sont décidés à mettre leur brassard police. Les deux autres visiblement s’en fichent. Les personnes interpellées tentent de négocier pour récupérer leurs affaires, tandis qu’une foule se regroupe autour par curiosité (dont un sociologue qui était là pour étudier la situation). Deux copains s’y mêlent aussi.


Il n’en faut pas plus pour qu’un des copains soit reconnu par les flics. Il tente de s’esquiver, mais aussitôt deux flics l’interpellent et l’obligent à se rapprocher de leurs collègues. Damien (un des flics) lui demande de mettre les mains contre le mur, puis le fouille et contrôle ses papiers. Pourquoi ? Pour le simple fait d’être là, même sans caméra.

Florilège de propos de flics :

 

- Ah ba on se connait ! Vous voulez retourner voir le chef ? [réponse du copain : c’est vous qui décidez]

- C’est votre adresse actuelle ça ? Vous avez une résidence sur Paris ? Ca doit vous coûter cher de venir tous les weekend. [réponse : je suis un grand voyageur]

- Vous faites quoi dans la vie ? [réponse du copain : ça je n’ai pas à vous le dire] Ah oui, je sais bien, vous êtes journaliste [ils n’ont décidément rien compris]

- Vous n’avez rien d’autres à faire ? Quand vous vous ferez agresser, vous viendrez nous voir [toujours la même rengaine]

- Vous avez quel âge ? 22 ? Combien il a [a son collègue] ? ...26.

- Chacun prend ses responsabilités [à la question du copain : pourquoi vos collègues ne portent pas leur brassard ?]

- On n’en peut plus d’avoir nos visages sur des sites internet. Après on risque la mort (sic) [à la question du copain : pourquoi certains de vos collègues se cachent le visage ?] Vous savez le fondement de ce qu’il se passe ici ? [Comprendre « pourquoi on intervient ici »]

- Ces gens volent les stocks alimentaires [en parlant des biffins].

- Ca vous fait plaisir de faire ça. Le soir, quand vous allez vous coucher, vous êtes contents de votre journée [réponse du copain : vous vous intéressez à ce que je ressens maintenant ?]

 

Finalement, il lui rendent les papiers et s’en vont avec leurs caddies. On se rassure en se disant qu’au moins pendant ces vingt minutes, ils n’ont fait chier personne d’autre.

 

Des veilleurs des marchés libres.

 

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