Chroniques du non-droit policier à Paris (suite et fin)

Publié le par Ian

 

copwatch

Chasse aux pauvres à Barbès : bilan et invectives à l’approche de la fin d’année

CHRONIQUE COPWATCH

Samedi 17 décembre 2011 

 

Ces dernières semaines, nous avons passé pas mal de temps à réorganiser notre réseau et nos données, à se former et s’informer, auprès d’autres collectifs d’ici ou d’ailleurs. Nous voulons exprimer notre satisfaction, car nous avons senti que les choses bougent, que les milieux activistes reprennent espoir et sortent doucement d’une plus ou moins longue période de doutes et de remises en question. Donc non seulement rien n’est fini, mais tout est encore à venir.

 

Après presque quatre mois d’observation sur le marché de Barbès, nous pouvons faire un bilan à la fois de notre mode d’action et des pratiques policières. Nous avons en effet été présent auprès des biffins de Barbès près de vingt matinées depuis le mois d’août, en équipes de deux ou trois, voire de quatre personnes. Dans un premier temps expérimentale, notre activité d’observation a été modifiée au fur et à mesure pour s’éviter au maximum d’être interpellés. Nous avons donc réussi à ce que seule une personne de notre groupe soit réellement identifiée (et contrôlée à plusieurs reprises), focalisant l’attention des flics tandis que le reste de l’équipe enregistrait leurs comportements sans être localisés. Nous pouvons prétendre que cela a fonctionné, dans la mesure où nous n’avons subi aucun autre contrôle d’identité.

 

Au cours des semaines, nous avons pu nous fondre dans le marché et gagner la confiance des vendeur.euse.s afin d’être identifiés par ell.eux comme des allié.e.s et ami.e.s. Nous avons tissé des liens, discuté beaucoup, créé des complicités, ce qui nous a permis également d’en apprendre beaucoup et d’envisager des collaborations sur le long terme et dans d’autres lieux de la capitale.

 

Lorsque nous avons commencé à venir sur Barbès en août et septembre, les violences policières étaient régulières, décomplexées, voire systématiquement provoquées par le comportement agressif des flics envers les vendeur.euse.s. L’arbitraire policier était incontestable et nous avons assisté à plusieurs altercations, parfois violentes, entre flics et vendeur.euse.s. Dans la matinée du 10 septembre, l’attitude particulièrement agressive (familiarité, vol, coups) d’un flic en civil a ainsi entraîné une situation d’extrême tension à l’issue de laquelle la police a dû s’extraire sous les jets de projectiles de la foule (lire chronique copwatch du 10 septembre : vol à la tire contre vol à la sauvette).

 

Au cours du mois de septembre et avec le foin médiatique produit autour de l’émergence de la plate-forme Copwatch Nord-IDF, l’attitude des flics s’est légèrement modifiée. Même s’il reste difficile de connaître leur état d’esprit, nous avons pu constater une hausse de la méfiance de leur part, qui s’est traduite par davantage de paranoïa et par la surveillance des personnes non vendeuses. Au total mépris de leurs lois, les flics ont réagi de manière prévisible, adolescente, en brandissant à toute occasion leurs téléphones personnels pour prendre en photo tout le monde et n’importe qui, ne sachant pas véritablement qui cibler. Le mercredi 5 octobre, leur chef d’équipe a lui-même sorti son portable pour photographier à la foi le marché, ses vendeur.euse.s et la personne déjà identifiée de notre groupe (lire chronique copwatch du 5 octobre : les sangliers remportent la première manche).

 

Au cours des mois d’octobre et novembre, les violences ont baissé en intensité, mais les interventions policières se sont poursuivies avec toujours autant d’arbitraire et de régularité, à raison de deux à quatre interventions dans la matinée : le plus souvent entre 10h15 et 10h30, entre 10h40 et 10h50 et entre 11h40 et 12h00.

 

Chaque raid policier sur le marché fait intervenir cinq policier.e.s en civil, accompagné.e.s de cinq policier.e.s en uniforme (dont généralement deux de l’unité cynophile), d’un ou deux véhicules de police et d’un fourgon Peugeot boxer blanc banalisé chargé d’emporter les affaires saisies. Il n’est pas rare qu’avant 10h00 intervienne une équipe de trois flics de proximité en uniforme, qui chassent les premier.e.s vendeur.euse.s mais ne saisissent rien. De la même manière, il est arrivé que deux agents de la voirie en civil s’ajoutent aux autres pour « libérer » la voie publique et les passages pour piétons.

 

C’est donc un véritable maillage policier du quartier qui se met en place et vise uniquement à exercer une pression sur les vendeur.euse.s à la sauvette, dans le but de les maintenir dans une angoisse permanente et de les harceler pour qu’ils renoncent à se sentir en sécurité. C’est exactement la même logique qui guide la police à Calais : harceler sans cesse les personnes dans l’illégalité afin qu’elles ne puissent jamais s’organiser sur le long-terme. Cette stratégie de terreur et de domination ne vise pas à mettre un terme à une situation de fait, mais seulement à la garder sous contrôle et empêcher qu’elle gagne en proportion. De fait, le marché libre ne s’étend pas, regroupant au maximum 500 personnes.

 

La police a pour vocation de mener une guerre permanente aux foyers potentiels d’insurrection et de « non droit » (notion qui désigne facilement toute forme d’organisation ou de vie placée hors du contrôle policier de l’Etat) en menant des attaques ciblées et répétées contre des espaces situés hors de leur pouvoir (marchés libres, squats, banlieues, réseaux internet libres...). Cette stratégie d’étouffement est directement héritée des techniques militaires développées en Algérie pour garder les colonisé.e.s sous la tutelle des colonisateurs. Le territoire urbain est divisé en quartiers et en îlots, afin d’exercer une mise sous surveillance permanente de petites zones d’intervention plus facilement contrôlables (maillage). Il est significatif que les interventions sur le marché libre soient lancées de commissariats situés à forte proximité et par des flics en civils qui connaissent parfaitement le quartier, dissimulés et difficilement repérables au premier coup d’œil. On peut affirmer, sans faire preuve de conspirationnisme, qu’il s’agit de méthodes directement inspirées de régimes totalitaires : agir souvent au même endroit, rapidement, arbitrairement et de manière dissimulée, pour empêcher tout contrôle de la population sur les agissements de la police.

 

L’Etat met en avant la lutte contre le trafic pour justifier une mise sous contrôle du territoire, comme il met en avant la lutte pour la démocratie et la liberté lorsqu’il intervient en Afghanistan ou en Libye pour le contrôle des ressources. En réalité, sa présence ne vise pas à établir un « état de droit » comme il le prétend, mais à imposer sa domination et son monopole sur la vie sociale et économique. L’état veut tout gérer.

 

A Barbès comme ailleurs, la police ne sert à rien, elle est juste là pour rappeler qui est le patron. Et le jour où l’État et sa police auront éliminé les marchés libres par la force, alors nous pourrons considérer que nous sommes en dictature. Mais pour l’instant, l’État ne gère pas tout. Œuvrons pour qu’il ne gère plus rien...

 

En janvier, si on parvient à faire les montages d’ici-là, on balance les vidéo.

 

Des veilleur.euses des marchés libres 

 


 

Chasse aux pauvres à Barbès : safari urbain avant la Saint-Sylvestre

   

CHRONIQUE COPWATCH

Samedi 31 décembre 2011

 

On est arrivé.e.s relativement tôt au marché ce matin. On se disait, naïvement sans doute, que pour le dernier jour de l’année les flics lèveraient la pression sur Barbès, qu’ils auraient mieux à faire ailleurs avec le déploiement de 60 000 flics prévu par Guéant-le-Répugnant pour la nouvelle année. Ça doit suer d’impatience dans les commissariats à l’approche de la Saint-Sylvestre car ce soir s’ouvre la chasse aux pyromanes, aux fêtards en état d’ivresse et aux lanceurs de claque-doigts. Les flics transpirent sous leurs gilets tactiques et mugissent de plaisir à l’idée d’aller courir dans les rues encombrées par des hordes festives et d’aller faire tournoyer leurs tonfas. Ce soir, feu d’artifice de gaz lacrymogènes et illuminations de tasers, car la capitale est en fête !

 

11h11 – Sans surprise, les flics débarquent sur le marché libre. Ils arrivent à pieds, en uniforme. Les vendeurs se laissent surprendre et l’une des flics ne tarde pas à s’emparer du sac de provisions d’une vieille dame tchétchène. Celle-ci proteste énergiquement, répète que le sac est à elle et tente de le récupérer. Surgit derrière elles un grand flic aux allures de ranger, portant gilet pare-balles et pistolet mitrailleur Beretta M12 autour du cou. L’arme se balance de droite à gauche tandis qu’il vient en soutien de sa collègue contre la « dangereuse vieille dame ». Le mari de celle-ci tente de s’interposer, mais le ranger le menace du poing en lui criant « Dégage toi ! », tandis que l’autre flique hurle au visage de sa femme : « Lâche putain ! ». Tout autour, les gens sont dubitatifs, presque effrayés.

 

 

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Entretemps, une voiture de police et un panier à salade sont venus se garer à l’embranchement de la rue des Islettes et du boulevard de la Chapelle, avec un renfort de trois autres flics. La vieille dame est tirée par les vêtements et poussée dans la voiture de police, tandis que son mari tente de négocier sa libération. Mais très vite, le ranger le désigne et toute l’équipe se jette à sa poursuite et le rattrape devant la poste des Islettes, place de l’assomoir. Tout ça pour un plastique comportant quelques déodorants et gels-douche. Fuir la torture et les massacres pour venir récolter la misère et la matraque, c’est le droit d’asile selon Guéant.

 

Forts de leur misérable rodéo, les flics quittent la scène. Jusqu’à 14h, heure où nous avons nous aussi quitté les lieux, les flics ne sont pas revenus.

 

Des veilleur.euses des marchés libres 

 


 

Chasse aux pauvres à Barbès : de nouveaux braconniers s’invitent

CHRONIQUE COPWATCH

Samedi 7 janvier 2012 

 

Barbès nous a offert des surprises en cette nouvelle année. Pas de neige non, mais des nouveaux flics, tombés du ciel et parachutés sur le marché libre. On en aura vu passer des flics différents ces derniers mois, sans savoir vraiment lesquels viennent de la Goutte d’Or et lesquels de Clignancourt, sans savoir non plus leur grade et leur affectation. Encapuchonnés ou planqués derrière leurs écharpes, avec boucle d’oreille ou lunettes de soleil, en tee-shirt moulant ou en survêtement large, c’est dire combien les chasseurs de Barbès forment un ensemble bien hétérogène. Leurs matricules et leurs brassards orange, autant dire qu’on ne les a presque jamais vu. Mais leurs tronches de braconniers, on les a presque toutes enregistrées et quasiment aucun de leurs dérapages ne nous a échappé...

 

10h45 – Deux voitures de police viennent se garer au milieu du croisement entre la rue Guy Patin et le boulevard de la Chapelle. L’une des deux est celle de l’unité cynophile qu’on connaît déjà, qui vomit aussitôt trois flics en uniforme dont l’un s’empresse d’agripper sa gazeuse : on ne sait jamais, c’est au cas où il y aurait besoin d’asperger les yeux d’un.e vendeur.euse récalcitrant.e. La seconde voiture, garée le long du trottoir côté marché, laisse échapper deux autres flics en uniformes accompagnés... d’un « patrouilleur » de la police roumaine (Politia).

 

Depuis novembre, en vertu d’un accord bilatéral entre la France et la Roumanie, une quarantaine de flics roumains assistent les milices guéanistes dans leur chasse aux enfants rroms, soit disant constitués en « bandes organisées dirigées depuis la Roumanie par de véritables familles mafieuses » (citation du torchon Figaro). Guéant-le-Répugnant, dans sa mégalomanie raciste, a trouvé là un bon moyen d’augmenter la pression à l’encontre des rroms en bénéficiant de l’aide des autorités roumaines (bien connues pour leur bienveillance à l’égard des rroms). Les tchétchènes ont des soucis à se faire, car peut-être Guéant-le-Répugnant aura bientôt l’idée géniale de faire venir des agents du FSB russe pour qu’ils viennent sur le terrain partager avec les flics français leur expertise en terme de « lutte antiterroriste »...

 

Le flic roumain suit les français pendant qu’ils confisquent ici ou là les sacs des vendeur.euses et des passants. Un vieil homme manque d’ailleurs de se faire piquer son sac alors qu’il recharge son pass navigo à la borne. Il croit d’abord à un simple contrôle, puis se rend compte que le flic s’apprête à jeter ses provisions à l’arrière de la voiture de police. Heureusement, il arrive à convaincre l’un des policiers, sous le regard du collègue roumain, qu’il s’agit de ses achats. Ils lui rendent son sac.

 

Non loin de là, six flics en civils travaillent : un sac par ci, un caddie par là. Le marché s’est évidemment dispersé. En dix minutes, toute la bande organisée quitte les lieux, emmenant avec elle le complice de Bucarest. Le pauvre était bien désœuvré : pas de rroms à Barbès aujourd’hui.

- le complice de Bucarest (heure mal réglée) -

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11h10 – Des kékés (on désigne ainsi des types simples d’esprit qui vouent un amour tout particulier au rodéo et à la frime) de la Police Aux Frontières viennent à leur tour passer le bonjour aux vendeur.euses. A trois au volant d’un fourgon (Renault Master blanc immatriculé 442-PWG-75) qu’ils garent en biais sur la chaussée du boulevard de la Chapelle, ils sautent du véhicule pour se planter sur la chaussée en mode intimidation, ce qui ne manque pas de faire paniquer les vendeur.euses, puis, satisfait de leur redoutable idiotie, remontent dans leur fourgon, goguenards, et poursuivent leur route.

 

Jusqu’à 14h, le marché est épargné par les frasques de la police et peut enfin reprendre ses droits, ce qui nous permet aussi de souhaiter une bonne nouvelle année aux vendeur.euses qu’on connaît, en espérant qu’elle leur apportera ce bonheur inespéré de ne plus voir des flics venir jouer là où eux essaient de survivre.

 

Bonne année et merde à l’État !

 

Des veilleur.euses des marchés libres 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : flics en planque, flingue et coups de pied

CHRONIQUE COPWATCH

Mercredi 11 janvier 2012 

 

Ambiance malsaine à Barbès ce mercredi. On est certes arrivé.e.s tard, parce qu’on a eu un problème technique avec l’une de nos caméras, mais l’un de nous est passé à Barbès aux alentours de 10h40. Une voiture de police était alors stationnée à l’intersection de la rue Guy Patin et du boulevard de la Chapelle, portière ouverte. Debout à côté, un petit flic à l’allure virile paradait en tenant à bout de bras un Lanceur de Balles 40 mm (LBD 40), postillonnant sur un vieil homme qui passait trop près de lui...

 

Petit flic et son Lanceur de Balle 40 mm


11h20 – Ayant réglé notre soucis technique, nous arrivons à Barbès. A peine sortis du métro, nous tombons nez à nez avec deux flics en uniformes accompagnés de deux patrouilleurs roumains. Ils sont justement en train de remonter le trottoir et de chasser les vendeur.euses, mais ne confisquent rien. Effrayer les pauvres et déjà bien assez satisfaisant pour eux.

 

Patrouilleurs roumains


Un peu plus loin, alors que les flics roumains sont partis courir en direction des magasins Tatie avec leurs acolytes français, nous surprenons le petit flic et son Lanceur de Balles, accompagné de trois autres compères, en train de contrôler un jeune gars qui a eu la bonne idée de prendre le boulevard en sens interdit avec son scooter. Ils le laissent partir et partent à leur tour en direction de la rue Guy Patin où les attend leur véhicule (immatriculé 75N – 6310G).


Le marché n’a pas attendu leur départ (11h52) pour reprendre son cours normal.

 

12h30 – On se rend compte de la présence de cinq agents en civil dispersés autour du marché libre. Ils ont une attitude plus que suspicieuse, font le pied de grue près des étals du marché aux primeurs, font semblant de s’intéresser à la marchandise des vendeur.euses à la sauvette et surtout, font d’incessants allers-retours entre la rue des Islettes et la rue Guy Patin en scrutant le marché et en parlant dans leur oreillette : « ...le noir avec un bonnet blanc... ».

 

Pas discrets...


Jusqu’à 13h16, on observe le curieux manège de ces flics en planque sans réussir à comprendre ce qu’ils cherchent là, quand tout à coup entrent en scène trois autres flics en civil qu’on connaît déjà bien mieux (deux hommes et une femme, du comico de la Goutte d’Or). C’est un vendeur de menthe qui nous prévient. Ils pénètrent dans le marché libre à la sortie du métro, s’approchent de vendeurs tchétchènes qui ne se doutent de rien, font d’abord semblant de regarder ce qu’ils vendent puis saisissent brusquement les sacs posés par terre et arrachent les produits des mains des vendeur.euses.

 

Pris de court, on part avertir tous les vendeur.euses qui vendent le long du boulevard, avant que la joyeuse bande de flics-voleurs n’arrive à leur niveau. Le marché se disperse, tandis que les flics viennent attraper les affaires de ceux qui n’ont pas réagi assez vite, suivis d’une femme tchétchène qui leur demande de lui rendre son sac.

 

13h20 – Alors que d’autres femmes tchétchènes s’opposent aux flics qui viennent de leur piquer leurs affaires, la première femme s’approche et tente de reprendre son sac en demandant au flic qui le tient de bien vouloir lui laisser. Subitement, l’un des flics (veste en cuir marron) lui assène un violent coup de pied au niveau de la hanche avant de hurler : « si ça continue, ça va se finir au gaz ! ». A la vue de ce geste, la tension monte et les gens alentour commencent à converger sur les flics. Un jeune homme saisit par le bras le second flic en lui demandant : « Où sont vos brassards ? A quoi on voit que vous êtes policiers ? », ce à quoi le premier lui répond en vociférant « Et toi, t’es qui ? Qu’est-ce tu fous ici ? On a des cartes d’intervention, espèce de clown ! ». Mais le jeune homme a à peine le temps de lui rétorquer « Alors montrez les ! » que les flics s’extraient de la foule sous tension en partant en direction du boulevard Barbès.

 

Nous connaissons la femme qui a reçu le coup de pied, ainsi qu’une femme présente à côté d’elle au moment où le flic l’a frappé. Nombreux sont ceux qui peuvent témoigner de ces violences, mais peu le feront publiquement, par peur des représailles. Au cours de ces longs mois à Barbès, nous avons constaté que Barbès et comme un mini Calais, une zone de non droit où les flics se livrent à leur instincts sauvages sans qu’aucune sanction ne soit prise à leur encontre. Ils imposent par leurs pratiques une terreur sourde, plaçant les vendeur.euses sous tension permanente. Majoritairement demandeur.euses d’asile, celleux-ci n’ont pas d’autre choix que de vendre à Barbès pour s’en sortir, l’Allocation Temporaire d’Attente n’étant que de 10,83 euros par jour (perçue à condition d’avoir été admis au séjour, de ne pas être en procédure prioritaire ou sous convention Dublin). Beaucoup doivent ainsi supporter, en plus des souffrances post-traumatiques occasionnées par leur vécu difficile (guerre, violences, tortures subies dans leur pays d’origine), la violence gratuite et stupide de flics sans conscience et sans cerveau.

 

Au cours de nos discussions, ils et elles ont exprimé leur impuissance à faire valoir leurs droits et leur crainte de voir leur demande d’asile compromise s’il/elles sont interpellé.e.s par la police. Ils nous est en effet arrivé à plusieurs reprises de rencontrer des personnes placées dans l’impossibilité d’obtenir l’assistance des principales associations intervenant auprès des demandeur.euses d’asile (CAFDA, AFTAM, FTDA, Croix Rouge...) sous prétexte qu’ils avaient eu des ennuis judiciaires avec la police. Ces associations étant très liées par des conventions avec l’État, elles participent à la répression en refusant de les recevoir et en les empêchant d’obtenir la domiciliation nécessaire à la poursuite de leurs démarches. En faisant pression sur ces associations, la préfecture arrive ainsi à compromettre la survie des personnes ayant eu affaire à la police...

 

Volé.e.s, humilié.e.s, frappé.e.s, insulté.e.s, les biffin.e.s de Barbès tentent régulièrement de résister physiquement aux agressions des flics, mais renoncent rapidement et gardent le silence pour éviter d’avoir des ennuis sur le long terme.

 

Des veilleur.euses des marchés libres 

 


Chasse aux pauvres à Barbès : main de fer dans gant d’acier

CHRONIQUE COPWATCH

Samedi 14 janvier 2012 

 

Nous avions déjà pointé du doigt le changement d’ambiance à Barbès en cette nouvelle année : redoublement d’effectif et changement des tactiques de répression. On ne voit plus le fourgon blanc du commissariat Clignancourt, mais beaucoup plus de flics en uniforme, accompagnés désormais de leur complices roumains, qui ne ratent pas un marché. La chape de plomb s’est abattue sur les biffins, qui ont bien du mal à s’installer et à vendre au cours de ces deux dernières semaines.

 

L’occupation du terrain par les uniformes bleus ne signifie pas pour autant que les chasseurs en civil ont laissé la place, bien au contraire. Ils chassent désormais main dans la main...

 

9h50 - Dés notre arrivée nous découvrons un déploiement conséquent de la CRS 13 de Saint Brieuc tout autour de la station de métro : sur le boulevard Barbès (fourgon Ford transit immatriculé 35N-6023B), dans la rue des Islettes (fourgon Peugeot boxer immatriculé 35N-5442B) et dans la rue Caplat (fourgon Peugeot boxer immatriculé 35N-5765B). Ambiance d’occupation.

 

10h10 – Alors que les CRS ont déjà harcelé le marché à plusieurs reprises, ne laissant aux vendeur.euses que quelques minutes pour se réinstaller et tenter de vendre quelque chose, six flics en civils viennent s’ajouter au festival. Contrairement aux CRS qui ne saisissent rien mais sont juste là pour « dissuader » (traduire : faire peur), les civils se jettent sur les vendeur.euses et saisissent tout ce qu’ils peuvent. Ils rassemblent ensuite tout sur le bord du trottoir et repoussent les passants trops curieux. Un jeune homme qui tente de récupérer ses affaires est agrippé par la manche et menacé d’un coup de matraque télescopique à hauteur de visage. Il s’esquive.

Dans le même temps, un fourgon (Ford transit immatriculé BV-494-RL) vient se garer sous le métro aérien, entre le marché aux primeurs et le marché des biffins, précédé d’une voiture banalisée (Peugeot 308 gris métalisé immatriculée 938 RNA 75). Les flics en civil mettent alors toutes les affaires saisies dans le fourgon, tandis qu’à deux pas de là trois CRS se réjouissent du nettoyage en cours : « Là normalement c’est la cour des miracles. - Ah oui, c’est clean ! »

 

11h40 – A ce tourbillon de bleu s’ajoutent les uniformes bleu-vert des patrouilleurs roumains qui, accompagnés de trois de leurs hôtes français, sillonnent le marché dans un sens et dans l’autre, saluent les collègues en civil, puis repartent peu après.

 

12h07 – Après une heure et demie d’allers-retours intempestifs, de contrôles et de confiscations brutales sur le marché libre, rendant toute vente presque impossible, les flics en civil ont quitté la scène, laissant seuls sur place les CRS. Autant dire que les CRS ne chôment pas non plus, puisqu’ils contrôlent les papiers de plusieurs personnes ici ou là, avant d’embarquer finalement un jeune tchétchène dont les papiers ne sont pas en règle. Un fourgon vient spécialement pour l’emmener (fourgon Peugeot boxer immatriculé 35N-5498B). A ses proches qui s’inquiètent de son sort, un des CRS lance un « C’est votre ami ? […] Votre cousin ? Vous avez des papiers vous ? Parce que votre cousin il a rien [...] Allez vous-en ou je vous met avec lui, allez ! »

 

12h19 – Les CRS se font ravitailler par un fourgon blanc (immatriculé AG 959 MM dans le département des Côtes d’Armor) dans lequel sont entreposés des grands bac de plastique fumant. Nous choisissons ce moment pour quitter le marché.

 

Barbès prend des airs de dictature : le ministère de l’intérieur a visiblement décidé de serrer la vis. L’omniprésence policière est écœurante, au point qu’y demeurer plus d’une demie heure met mal à l’aise. La chasse aux pauvres prend toute sa dimension réactionnaire et fascisante, il serait temps de s’en préoccuper vraiment...

 

Des veilleur.euses des marchés libres 

 


Jour de rafle à Barbès

Lundi 16 janvier 2012

 

Hier lundi 16 janvier 2012, il ne faisait pas bon d’être sans-papiers dans les rues de Barbès - goutte d’or. Des bandes de flics en civil accompagnés d’un dispositif de crs chassaient dans les rues. En milieu de matinée, une personne à elle toute seule avait déjà constaté que plus de 20 sans papiers avaient été arrêtés, alors que le dispositif se déployait dans le quartier entier. L’opération a duré jusqu’à la fin d’après midi minimum, les civils arrêtant des gens en continu dans les rues, cafés, et restos du quartier. Une personne au moins a réussi à s’enfuir, poursuivie par 7 civils qui n’ont pas pu la rattraper. Une partie des gens étaient emmenées au commissariat de la goutte d’or.

 

Les rafles sont quotidiennes et partout, le pire est qu’on dirait qu’on s’y habitue... Il fut un temps où des mobilisations collectives dans les quartiers de Belleville et du 18ème ont réussi à perturber et faire échouer des rafles, il serait plus que temps que cela reprenne... 

 


   

Chasse aux pauvres à Barbès : p’tit tocard, nouveau camtar

CHRONIQUE COPWATCH

Mercredi 18 janvier 2012 

 

Pas de CRS en faction ce matin à Barbès. Ce ne doit pas être si aisé de monopoliser trois fourgons de bleus pour occuper le terrain pendant quatre heures deux fois par semaine. Tant mieux pour les biffins, que la présence des tortues ninja expose à davantage de contrôles au faciès et d’arrestations. Les flics en civil eux, se contente de pousser, frapper et voler les affaires des pauvres.

 

Ce matin, le marché est très parsemé, il y a peu de monde.

 

10h05 – Une voiture de flics (immatriculée AC-498-JW 75) fait de l’intimidation, longe le trottoir au ralenti, baisse la vitre avant et fait mine d’intervenir. Mais elle continue sa route.

 

10h50 – Alors que deux agents de la voirie tournent en demandant aux vendeurs de menthe de libérer les passages piétons, une petite bande de flics (cinq civils et trois en uniforme) arrive sur le marché libre par le boulevard de la Chapelle. Les vendeur.euses se dispersent et la farandole des arrachages de sacs commence.

 

Dans la troupe, un flic disgracieux qu’on appellera « le p’tit tocard » prend plaisir à bousculer les gens, à leur arracher leurs caddies par surprise en les insultant au passage. Il s’en prend tout d’abord à un jeune garçon qui ne part pas assez vite à son goût en lui criant : « Tu le retrouveras pas ton sac, va-t’en ! Qu’est-ce tu fous là, va voir ailleurs ! Va voir ailleurs j’te dis. Si dans deux minutes tu pars pas jt’embarque ! »

 

A peine a-t-il terminé de rabrouer le jeune garçon qu’il s’en prend à un vieil homme qui s’oppose à ce qu’on prenne ses affaires en le bousculant : « Tu retiens pas ! Non, toi tu m’as touché, tu arrêtes maintenant, t’as rien à foutre ici ! La prochaine fois que j’te vois, jt’embarque ! Déjà tu m’dis pas « tu », t’es qui toi, t’es personne toi, pfff ! [en le regardant de haut et en faisant une mine de dégoût] ».

 

Dans les rapports que la police entretient avec la population, le p’tit tocard policier a le droit de tutoyer qui il veut et d’exprimer son mépris en beuglant sur les gens, tandis que le vieil homme à la soixantaine passée n’a pas le droit de faire valoir son droit au respect et de s’opposer à ce qu’on le brusque. Dans la vision du flic, l’Autre doit fermer sa gueule et obéir à ses injonctions bestiales, de surcroît s’il est étranger. L’humiliation et le rabaissement fait partie des modalités d’intervention du flic pour imposer sa domination : il agit comme un gosse qui veut démontrer qu’il est puissant...

 

11h05 – Un fourgon blanc Renault Master (immatriculé 342 NKP 75) vient récupérer les affaires saisies. Il semblerait que l’ancien fourgon (immatriculé 831 NWR 75), disparu de Barbès depuis la fin décembre, ait été relégué ailleurs. Aurait-il fait son temps au service des chasseurs de la rue Clignancourt ?

 

Ayant d’autres obligations, nous quittons Barbès à midi. Jusqu’à la prochaine fois.

 

Des veilleur.euses des marchés libres 

 


 

Chasse aux pauvres à Barbès : les leçons de vie du petit chef de bande

 

CHRONIQUE COPWATCH

Samedi 21 janvier 2012

 

A peine arrivés sur le marché libre de Barbès et alors que l’un de nous essaye de venir en aide à une vieille dame, assaillie et agrippée par le bras par deux fliques pour « délit de vente de boîtes de conserves », leur petit chef bondit depuis l’autre côté du trottoir, trop content de venir emmerder le copain qu’il connaît depuis quelques mois (rencontrés au cours d’un contrôle d’identité).

 

Se sentant l’âme d’un rusé renard, il fait alors allusion à des informations concernant le copain comme s’il cherchait à l’impressionner, mais au regard des précieuses données, il s’avère que le petit malin s’est juste contenté de tapoter le nom du copain sur google. Quelle investigateur de génie !

Quelques images du petit chef, histoire qu’il ne passe plus inaperçu :

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Le copain essaye de s’esquiver, mais alors commence un petit jeu puéril au cours duquel le petit chef et son acolyte qui n’a pas l’air bien malin le suivent en faisant des commentaires à haute voix, parodiant les précédentes chroniques et se moquant de lui, montrant encore une fois combien Barbès est pour eux un terrain de jeu et nous apportant la confirmation que les flics, narcissiques, lisent régulièrement nos chroniques. Grand bien leur fasse.

 

10h15 - Le copain s’arrête, contraint d’engager une conversation avec les flics pour qu’ils cessent leur petit jeu. S’ensuit un interminable laïus policier sur l’utilité publique de la police, engagée ici comme ailleurs dans une formidable lutte pour l’ordre et la sécurité et victime malgré elle des procès d’intention de méchant.e.s détracteur.ices ignorant.e.s des réalités sociales. Le petit chef ne veut pas faire de politique mais se place en défenseur des pauvres (évoquant le cas exemplaire de l’association Aurore), engagé dans une association caritative (Aurore ?) et favorable à l’instauration de zones légales pour la biffe. Pourtant, il vilipende tous ces biffins qui « encombrent la voie publique » (le bon vieil argument des partisans de l’ordre), « volent les bourses alimentaires » (c’est bien connu, les restos du cœur sont pillés !), « touchent des aides » (salauds de pauvres !) et « n’ont pas besoin de vendre à la sauvette pour survivre » (c’est vrai que ça paye bien d’être pauvre). Il croit d’ailleurs pertinent d’affirmer qu’ils vivent « bien mieux que dans leur pays d’origine » (il est toujours aisé de comparer à pire pour donner l’illusion que tout va bien) et qu’ « on ne peut pas assumer toute la misère » (version quelque peu remodelée de la phrase bien-pensante de Rocard : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part » ). Après s’être auto-qualifié d’ouvrier sous prétexte qu’il serait fils de mineur du Nord Pas-de-Calais (ils sont nombreux dans la police), le petit chef croit bon d’ajouter, avec l’approbation de son subalterne, que les gens du quartier et les commerçant.e.s leur sont généralement reconnaissant.e.s pour leur travail (est-ce utile de préciser qu’il ne peut parler que de celleux, potentiellement réacs et xénophobes, qui viennent leur lécher les bottes pour les remercier et leur taper la discute ?). Face à l’argument des violences et de l’agressivité de ses collègues, le petit chef répond qu’ils sont là pour faire respecter la loi et qu’il s’assure personnellement que ça se passe bien en intervenant auprès de ses hommes pour régler les problèmes (on a vu ça)...

 

10h45 – Le copain s’esquive, fatigué d’argumenter face à la mauvaise foi pathologique des flics et profitant du fait qu’une autre personne, sociologue que nous avions déjà rencontrés, à engagé la discussion avec le petit chef et ses collègues.

 

12h00 – Les flics mettent fin à la conversation et reprennent leurs activités. Nous sommes heureux de constater que, pour la première fois depuis de longs mois, les flics ont foutu la paix aux vendeur.euses pendant deux heures ! Il faudrait envisager de recruter des bavard.e.s pour distraire les flics, si ça peut les empêcher de nuire...

 

Les flics ont perdu leur énergie et l’intervention se fait à pas lents, laissant aux vendeur.euses le temps de s’esquiver avant leur arrivée. Pour autant, les flics n’en restent pas moins nocifs, ayant cru bon de sortir leurs chiens de la voiture. Les deux chiens, surexcités, sautent à la gorge des passant.e.s, tandis que leurs maîtres chiens crient de s’écarter. L’altercation est prévisible. Un homme qui ne fait que passer se fait agresser par le chien, et tandis qu’il proteste, un gros flic s’en prend à lui et le pousse abruptement contre les grilles du métro : « Tu bouges ! ». Il proteste davantage, mais se fait immédiatement jeter au sol et invectiver par trois flics penchés sur lui. La tension monte et les autres flics commencent à s’en prendre aux passant.e.s en leur hurlant de reculer. Le petit chef arrive après coup, mais ne juge pas utile de calmer ses hommes qui ont clairement provoqué l’altercation, préférant vociférer à son tour pour que les gens s’en aillent. Merci pour cette leçon de gestion des conflits...

 

Comme l’écrit très bien Didier Fassin : les flics font la loi plutôt qu’ils ne l’appliquent...

 

Des veilleur.euses des marchés libres 

 


 

Chasse aux pauvres à Barbès : stratégie de tension permanente


CHRONIQUE COPWATCH

 

Samedi 4 février 2012


Ce samedi-ci il devait faire trop froid pour nos amis de Clignancourt et de la Goutte d’Or, ils ont délaissé le terrain à leurs amis de la CRS 9.

 

10h03 : on arrive à Barbès, un fourgon de CRS du côté carrefour, un autre côté marché, quelques rares biffins clairsemés se tiennent sur leurs gardes le long du trottoir d’en face, la matinée s’annonce mal pour eux. Trois CRS en faction sur le terre-plein entre le marché et le métro et deux autres patrouillent plus loin, l’un d’entre eux avec une gazeuse à la main. Ça sent déjà le roussi ...

 

10h11 : c’est parti, le festival commence, un premier biffin est alpagué par Laurel et Hardy (le grand efflanqué et le trapu à la gazeuse) : contrôle des papiers et des sacs sur le seuil d’un immeuble qui fait face au marché. Le contrôle dure 5 mn et nos compères laissent partir le vendeur avant de reprendre leur tournée.

 

10h13 : une tentative d’installation de biffins est immédiatement découragée par un nouveau contrôle, sur une jeune femme cette fois-ci.

 

Ce petit manège va se répéter tout au long de la matinée, nos deux amis et leurs trois autres comparses, occasionnellement leurs amis dans les camions également, vont se livrer à une petite stratégie de la tension permanente en décourageant systématiquement toute installation de biffin par des contrôles à tire-larigot. En 2h, ce sont pas moins d’une dizaine de personnes qui sont ainsi contrôlées entre 5 et 10 mn chacune, avant d’être libérés avec leurs affaires. Pas d’agressivité particulière mais une volonté délibérée de dissuader et d’harceler. Et la gazeuse ne quittera pas la pogne de Hardy durant tout ce temps-là.

 

On retrouve ici une situation familière : même schéma qu’à Belleville où le quadrillage policier en nombre et le contrôle systématique visant à décourager et inquiéter les biffins a fini par réduire de deux tiers leur nombre.

 

A 13h, lorsque nous repassons par le marché après une indispensable pause café, les biffins ont profité de trois quarts d’heure de pause pour reprendre le terrain, mais les CRS font déjà leur retour.

 

Les théories de prévention situationnelle et de contre-insurrection ne sont pas loin : harassement systématique d’une population ciblée est une stratégie qui a fait ses preuves par le passé ("le savoir-faire à la française" dixit MAM).

 

Des veilleur.euses des marchés libres

 

 


 

COMMUNIQUE COPWATCH

 

A Barbès, on n'a pas lâché le terrain. On y est allé.e.s quasiment toutes les semaines depuis le mois d'août, à savoir pendant huit mois. On s'y est fait des potes parmi les vendeur.euse.s et on y a vu des choses. Des choses qu'on ne voit que sur les marchés libres, ou tout au moins dans les zones ou la police fait ce qu'elle veut.

Ces dernières semaines, c'est la police qui ne nous a pas lâché. On a été contraint de fonctionner « à l'américaine », c'est-à-dire de manière ouverte, sans se cacher. Pourtant, ça ne nous ressemble pas de se laisser identifier pour remplir bénévolement leurs petites fiches. Si on l'a fait, c'est pour tenir le terrain, pour ne pas les laisser gagner. On ne voulait pas fuir, on ne voulait pas tourner le dos à leurs saloperies et abandonner celleux avec qui on a sympathisé, les laisser à leur sort. C'est une problématique récurrente dans les luttes : se réapproprier la rue au risque d'être tous fiché.e.s ou y renoncer et leur laisser le champ libre...

Nous on croit en notre pouvoir de nuisance. Ils harcèlent les pauvres, on les harcèle. A Barbès on l'a fait parce qu'on ne risquait pas grand chose. On ne faisait qu'observer les flics, couvert.e.s par leur loi, celle qui dit qu'on peut les filmer dans le cadre de leur fonction. Alors on les a filmé. Et régulièrement, on a entravé leur sale boulot, en les tirant par le bras, en prévenant les vendeur.euse.s, en les remettant en question publiquement. Ça nous a valu des contrôles, plusieurs fois, pendant trois quarts d'heure à chaque fois. Un temps précieux pendant lequel ils foutaient la paix aux vendeur.euse.s.

Mais la situation évolue. Ils ont changé leurs tactiques. Ils ne frappent plus, ils n'arrachent plus, du moins pas quand on est là et qu'ils le savent. Les copain/ines vendeur.euse.s nous disent qu'en notre absence ils se lâchent. La situation est devenue loufoque : ils savent qu'on est là, mettent leurs brassards, montrent leurs cartes de police et servent du « bonjour monsieur, bonjour madame » aux personnes qu'ils agressent d'habitude. Et il est même arrivé qu'ils nous prennent pour témoin devant les gens, souriant à l'objectif et déclamant des conneries visant à nous faire passer pour des abruti.e.s.

Mais là on en a assez, assez de voir leurs tronches, assez de supporter leurs insanités et leur contrôle permanent. On a atteint nos limites. Barbès est une zone totalitaire, à trop y rester on finira par s'y perdre. Et puis heureusement, les gens qui y vendent n'y vivent pas, alors on les rencontre ailleurs.

Alors que le Conseil de Paris (par le biais de Pierre-Yves Bournazel et Roxane Decorte notamment) s'apprête à accroître les contrôles policiers sur Barbès, nous pensons qu'il est temps pour nous de quitter ce terrain ou de changer nos modes d'actions. A vrai dire, face au fascisme jusqu'alors rampant et qui se tient désormais bien droit, nous pensons qu'il ne reste plus qu'à s'insurger, à prendre les armes...

Les veilleur.euse.s des marchés libres 

 


 

Belleville / Barbès : Police partout...

Dimanche 27 mars 2012

 

1) En ce moment, 17H00, à Belleville, suite bagarre entre jeunes et 1 blessé grave, une centaine de flics, dont boucliers, matraques, flash-balls, ont bouclé le quartier Rue de l’Orillon, Rue Louis Bonnet, Rue de la Présentation, 75011,et enquêtent sur place dans ce périmètre totalement bouclé, tenant les gens à distance, filtrant le passage.. à 15h échauffourrées entre les jeunes et les flics aux boucliers, angle rue l’Orillon et Rue Louis Bonnet, tout le monde a vu le flic avec un Flash-ball, mettre en joue des jeunes à hauteur de visage et très près (genre 2 mètres) du visage, pendant de longues secondes..

 

2) A Barbès, les jeunes du quartier font la fête en chantant sur les escaliers du métro Barbès... pour le Match de foot de ce soir Algérie/Maroc..déjà 8 camions de Gandarmes-mobiles garés à quelques mètres, Boulevard Barbès, les flics sortis à côté des camions.... Pour rappel : Belleville et Barbès sont deux quartiers à forte population immigrée ou d’origine immigrée.. y a-t-il un lien ?

 

Encore un jour de rafle à Barbès ce 27 mars 2012


Une grosse partie de la journée, des dizaines de civils ont traqué des sans papiers dans le quartier Barbès - La Goutte d’Or. Les arrestations dans les cafés, dans la rue se comptent par dizaines. Les personnes arrêtées ont été emmenées au commissariat de la Goutte d’Or et certaines déjà transférées au centre de rétention. Alertés de la rafle, mais tardivement, des gens se sont mis à suivre les civils afin de perturber et de rendre visible leur opération. Par la suite un petit rassemblement bruyant et dynamique s’est organisé devant le commissariat contre les rafles et la police. Durant une petite heure des slogans ont été criés tandis que les flics étendaient fièrement un drapeau français aux fenêtres de leur bureau.

 

RENDONS VISIBLE PARTOUT OU ELLES ONT LIEU CES RAFLES : en constituant des réseaux d’alerte téléphonique ; en prévenant de la présence des flics ; en tentant d’empêcher les arrestations de quelques manières que ce soit.

 

Suite à la rafle du 27 mars à Barbès, témoignage d’une des 6 personnes transférées au centre de rétention de Vincennes

 

29 mars 2012

 

"J’étais avec mes potes, ça faisait 10 minutes, à Barbès, après ils m’ont attrapé. Il était 15 heure, on était à côté du magasin qui a brûlé boulevard Barbès. 7 ou 10 civils nous ont demandé les papiers, ils ont contrôlé et arrêté 6 personnes avec moi. Ils ont contrôlé beaucoup je crois 30 personnes qu’ils ont emmené en garde à vue. Ils nous ont amené à pied au commissariat de la Goutte d’or, chacun accompagné par un civil, on avait pas les menottes. Autour personne n’a rien dit. Après, au commissariat, j’ai vu d’autres gens rentrer avec des civils. Les flics s’étaient des nouveaux, pas les flics qu’on voit à Barbès. Enfin il y avait des civils de chaque jour et des nouveaux. J’ai entendu les cris "libérez les sans papiers" (du rassemblement devant le commissariat). On est 6 a être parti hier à Vincennes à 14h. 24 heures de garde à vue à la Goutte d’Or. Il y a des gens relâchés et les autres je sais pas. Ils ont signé la fin de garde à vue et nous le transfert à Vincennes. On ne sait pas s’il y a des gens qui sont partis dans d’autres centres." 

 


Barbès : les aveux de l’agent Bruno et de son collègue Moustache

Samedi 14 avril 2012

 

Ça fait deux semaines qu’on me dit que le marché libre de Barbès a été « nettoyé ». J’étais pas mal occupé, alors je n’ai malheureusement pas trouvé le temps de me rendre sur place pour en avoir le cœur net. L’autre jour à la préfecture de Clignancourt (où je me suis pris la tête avec une agente qui faisait signer des placements sous convention Dublin à des gens sans leur expliquer de quoi il s’agissait), j’ai rencontré une femme géorgienne que je connais de Barbès et qui m’a dit « Ils ne nous laissent même plus approcher, ils contrôlent tous les gens avec des cabas ». C’est exactement ce que m’avaient dit quelques jours plus tôt deux copains tchétchènes qui avaient l’habitude de vendre à Barbès.

 

Du coup, je me pointe ce matin sur place pour voir de plus près. En effet, à 10 heures passées il n’y avait personne. Et devant l’entrée du métro, j’ai retrouvé le fourgon blanc dont parlaient les chroniques copwatch, avec quatre keufs en civil.

 

Ils passent devant moi, me reconnaissent. L’un d’eux s’esclaffe en regardant le ciel « Ah on est bien ! On peut enfin marcher tranquille », cherchant évidemment à me faire réagir (le flic aime bien dire des conneries à haute voix en mode provoc).

 

J’accepte de rentrer dans son jeu et lui rétorque « Vous êtes satisfaits, vous avez chassé les pauvres ». S’engage alors le dialogue classique du « fidèle serviteur » et de « l’homme libre » (oui, j’ai la prétention de croire que je suis libre) :

Je leur demande, prenant le ton pacifiant du « bon citoyen », s’ils pensent avoir résolu un problème et s’ils savent ce qu’adviennent les gens qu’ils ont dégagé. Le keuf au talkie-walkie, qu’on appellera Bruno, répond avec un air assuré que la police a « réglé un problème de sécurité », insistant sur le fait que le marché encombrait la chaussée, obligeait les gens à marcher sur la rue, et que grâce à leur intervention, ils évitaient ainsi de « ramasser de nouveaux corps sur la chaussée » (il confirme qu’il a lui-même ramassé à plusieurs reprises des personnes renversées sur la route). Il me parle ensuite de nombreux vols et me prétend que si je n’avais jamais été volé, c’était grâce à leur présence (je n’en doute pas : les rues de nos villes seraient d’immondes coupe-gorges sans nos vaillants policiers. J’hésite à écrire au préfet de police pour le remercier personnellement de son engagement inconditionnel pour mon bien-être face aux bandes armées qui ravagent nos villes)

 

J’essaye de revenir sur le terrain des arguments « humanitaires », cherchant à obtenir une réponse sur le sort actuel des vendeurs et vendeuses qu’ils ont dégagés. Son collègue Moustache intervient, argumentant en faveur du « respect de l’ordre républicain » (ils en disent des gros mots). Très poliment, le « gentil policier » (le même qui nous prenait en photo avec son téléphone perso il y a un mois) dit que je ne tiens pas compte des nombreux témoignages de sympathie et remerciements qu’ils ont reçu des habitants et commerçants du quartier, fatigués de ne plus pouvoir marcher librement dans leur rue. Je réponds que n’importe quel marché légal ou événement public occasionne le même type d’inconvénients (encore faut-il qu’on considère que c’est vraiment un inconvénient. Du coup, j’ai envie de leur répondre que la police a toujours été soutenue par les réacs et que ce sont ces mêmes réacs qui ont voté pour le retour à l’ordre à la fin de mai 68, mais je me tais, sachant pertinemment que c’est un argument qu’ils ne peuvent pas entendre). Je rajoute que ces gens n’ont pas d’espace pour vendre ailleurs et que leur « nettoyage » n’a apporté aucune solution pour eux. Moustache, visiblement emprunt de légalisme béat (est-ce étonnant pour un policier), dit qu’il existe un carré pour les biffins sous le pont du périphérique à Clignancourt (Oh mazette ! Vingt mètres carrés collés sous une chape de béton et sous contrôle permanent, quelle grandeur d’âme !).

 

Bruno revient au cœur du sujet, déblatérant les mêmes propos indifférents sur le fait que les vendeurs détourneraient les dons alimentaires : « S’ils ont faim, comment expliquez-vous qu’ils vendent de la nourriture ? » (Oh bravo ! Quelle répartie époustouflante !) Je répond simplement qu’à force de recevoir

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